
Depuis plus de dix ans, l’Europe dit qu’elle a fermé ses frontières. Après avoir, dans l’après guerre, convoqué des immigrations de travail, et après avoir sacrifié une ou deux générations d’héritiers de ces immigrations qui n’ont été conçues que dans une logique purement économique, d’exploitation et de négation des hommes, nos pays ont décidé de ne pas « accueillir toute la misère du monde », même s’ils accueillaient encore très activement tout son coltan, tous ses diamants, tout son or, tout son pétrole. Cette politique de fermeture a produit deux effets fondamentaux : l’exclusion à l’intérieur de nos frontières, avec la fabrication d’une clandestinité grandissante, et son cortège de travail en noir surexploité, de prostitution, d’enfermements, d’expulsions forcées et parfois mortelles, de logements misérables et surpayés, etc… et l’externalisation à l’extérieur de nos frontières, avec son cortège de noyés, de bateaux perdus en mer, d’enfants morts dans des trains d’atterrissage d’avions, de réseaux mafieux, d’opérations de répression à grande échelle dans les pays nouvellement bombardés gendarmes de l’Europe. Elle a produit, surtout, une situation où les citoyens moyens des pays d’Europe ont appris à considérer comme normal, ou au moins ordinaire, que des êtres humains soient exploités, enfermés, humiliés près de chez eux, dans leurs rues, dans leurs villes, et pourchassés, jusqu’à la mort, aux marches de leur univers pétri de bons sentiments et d’humanisme à paillettes, sans autres raisons que leur pauvreté et leur origine.
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