mar 12 mai 2009
Quel RER voulons-nous pour Bruxelles?
12 05 2009
Le secrétaire d'Etat fédéral à la Mobilité, Etienne Schouppe, a dévoilé un plan présenté comme le «schéma définitif du RER». Malgré le potentiel d’opportunités positives pour la mobilité à Bruxelles d’un RER bien conçu, ce plan laisse au contraire craindre le pire pour les déplacements des bruxellois. Une clarification s’impose sur l’attitude de la Région à cet égard. Une interpellation adressée au ministre Pascal Smet en commission infrastructure du 1er avril 2009.
M. le président.- La parole est à Mme Delforge.
Mme Céline Delforge.- Le secrétaire d'Etat fédéral à la Mobilité, Etienne Schouppe, a annoncé lors d'une interview qu'il espérait rapidement arriver à un accord avec les Régions sur le schéma définitif d'exploitation du RER. Depuis, il a présenté à la presse plans et tableaux reprenant les horaires ainsi que les gares retenues.
On sait que pour Bruxelles, le RER peut être la meilleure comme la pire des choses, selon les modalités d'exploitation qui seront choisies. Si le RER devait devenir un moyen supplémentaire de rejoindre Bruxelles pour les navetteurs, les conséquences en seront un exode urbain et une augmentation du nombre de déplacements vers et dans notre Région.
C'est ce qui se produira si le RER ne dessert pas finement notre Région. En outre, dans pareil scénario, de nombreux navetteurs supplémentaires devront recourir aux services de la STIB pour atteindre leur destination finale. Or, nous savons que le réseau de la STIB est actuellement saturé et qu'aucune piste de financement extérieur pour l'exploitation du réseau n'est prévue.
La situation des transports en commun à Bruxelles se dégraderait donc encore davantage. Pour que le RER constitue un apport positif pour notre Région, il doit répondre à deux objectifs : un report modal des navetteurs de la voiture vers le RER d'une part, et un outil de déplacement supplémentaire à l'intérieur de la Région d'autre part. Cela implique que, parallèlement à l'arrivée du RER, la Région procède à une diminution de la capacité routière des axes de pénétration.
Par ailleurs, il faut également que les points d'arrêt du RER soient suffisamment nombreux à l'intérieur de la Région pour répondre à une desserte fine au profit des navetteurs, et que le RER puisse servir de la même manière à une série de déplacements intrabruxellois.
Le projet de schéma d'exploitation diffusé par M. Schouppe laisse craindre le pire en matière de déplacements intrabruxellois du RER et sa complémentarité avec le réseau de la STIB. Il est consternant de constater que le plan dévoilé aggrave l'isolement du sud de Bruxelles, en particulier de la commune de Forest. En effet, nulle halte prévue à Wielemans. En revanche, en raison d'une déviation de la ligne 124, celle-ci ne passera plus par la jonction Nord-Midi.
Pour les habitants de Forest et d'une partie d'Uccle, au lieu que leur situation soit améliorée, le RER va dégrader la mobilité de nombreux Bruxellois. Les documents diffusés par M. Schouppe listent une série d'arrêts que la Région bruxelloise n'a pas souhaité retenir pour le schéma d'exploitation 2015. II s'agit des haltes :
- Lycée français, alors qu'Uccle souffre d'un manque de lignes de transport en commun la reliant au centre; - Josaphat, dans l'attente d'une urbanisation du site; - Dobbelenberg; - Cureghem, quartier particulièrement « privilégié » à Bruxelles; - Ganshoren; - Erasme; - Saint-Josse; - Rogier: il est étonnant de refuser l'opportunité de relier la ligne 161 aux lignes de métro 2 et 6; - Verboekhoven: c'est le comble, puisque cette halte n'est pas retenue alors que, dans le même temps, Iris 2 prévoit une extension du métro jusqu'à Verboekhoven. Où est l'intérêt de faire exécuter de lourds travaux d'infrastructure par la STIB pour desservir une zone dans laquelle on pourrait tout simplement décider de créer une halte RER ? Cela coûterait moins cher et ne mettrait pas le financement des services offerts au navetteurs à charge des Bruxellois. M. le ministre, de nombreux Bruxellois se déplaçant en transports en commun actuellement se plaignent d'une dégradation des conditions de déplacement à Bruxelles. Il leur faudra attendre 2015 pour voir arriver le RER. Ce n'est pas rien.
Pourtant, certains devront déchanter, car le RER version 2015 ne leur apportera aucune amélioration, voire aggravera la situation déjà pénible qu'ils connaissent aujourd'hui. Il ne leur reste plus qu'à attendre les calendes grecques, déménager ou choisir un mode de déplacement nettement moins souhaitable pour la collectivité.
Enfin, les riverains des lignes RER risquent fort de subir les nuisances liées à une augmentation du trafic ferroviaire, sans profiter de la compensation que celui-ci pourrait leur apporter en termes de mobilité.
Si c'est ce RER-là que vous soutenez, monsieur le ministre, je ne vois pas en quoi vous seriez un bon gestionnaire des deniers de la Région, ni un défenseur d'une amélioration de la qualité de vie à Bruxelles. On voudrait favoriser l'exode des ménages hors de Bruxelles que l'on ne s'y prendrait pas autrement. J'ai donc une série de questions à vous poser.
Où en sont les négociations permettant d'aboutir au schéma définitif d'exploitation du RER ? Quand ont eu lieu les dernières négociations et qui y représentait la Région bruxelloise ? Quelle concertation a déjà eu lieu au sein du gouvernement afin de définir les haltes non retenues par la Région bruxelloise dans le schéma d'exploitation intermédiaire ? Quelle sera la fréquence de passage du RER et quelles seront les plages horaires d'exploitation ? Existe-t-il un plan de diminution des capacités routières pour le trafic entrant dans Bruxelles et, dans l'affirmative, quel est-il ? Y aura-t-il une différence de fréquence entre les haltes situées dans les pôles d'emploi (Schuman, Luxembourg, etc.) et celles situées dans les quartiers résidentiels (Arcades, Germoir, Vivier d'Oie, etc.) ?
Enfin, comment justifiez-vous les projets d'extension du métro figurant dans Iris 2, qui correspondent, pour partie, aux arrêts pour lesquels, si l'on en croit le document diffusé par M.Schouppe, la Région bruxelloise n'a pas retenu de halte RER ?
(Applaudissements)
(…)
M. le président.- La parole est à Mme Delforge.
Mme Céline Delforge.-Il n'est pas tellement rassurant que vous trouviez drôle l'interview de M. Schouppe.
M. Pascal Smet, ministre.- C'est de la propagande pure et simple.
Mme Céline Delforge.- Je vous rejoins sur le fait qu'il n'est jamais simple de mettre en oeuvre des politiques de restriction de capacité automobile. A part en Suisse, ce n'est pas facile ! On organise même des séminaires sur le sujet.
M. Pascal Smet, ministre.- Les Suisses sont spéciaux !
Mme Céline Delforge.- Vous dites qu'il y a beaucoup de gens contre vous, mais il y en a aussi énormément qui sont ravis. Prenez l'exemple de l'avenue de la Couronne, où les habitants se sont mobilisés. Dans le bus, le matin, tout le monde est content de dépasser les voitures. Quand un projet est réalisé, de nombreuses personnes se rendent compte qu'elles y gagnent en qualité de vie. Il ne faut donc pas avoir peur.
Je vous rejoins aussi sur l'espace public en tant que "living-room de tout le monde". C'est le premier lieu de rencontre.
Je suis d'accord sur le fait que l'on ne doit pas rabattre toutes les lignes sur l'axe nord-sud. Cependant, ce sont précisément les quartiers qui sont déjà les plus mal desservis en matière de liaison vers le centre-ville - et qui s'en plaignent amèrement - qui vont perdre une fois de plus des liaisons avec le centre. Et on leur explique qu'il faut plutôt aller gare de l'Ouest ! Il y a là un problème. Vous nous dites qu'il y a un schéma provisoire pour 2015, définitif pour 2020.
Nous sommes en 2009 et nous attendons ce RER depuis longtemps. Entre 2009 et 2020, c'est presque un cycle scolaire complet. Voyez-vous l'importance que cela peut revêtir dans la vie des gens ?
M. Pascal Smet, ministre.- Ce n'est pas la Région qui prend les décisions.
Mme Céline Delforge.- Vous nous proposez 2015 comme scénario intermédiaire, en disant que cela ira mieux en 2020. Je ne sais pas si vous prenez souvent les transports en commun, mais ces dernières semaines, les gens sont de plus en plus mécontents ! Annoncer ce genre de délais devient difficilement tenable.
Nous avons plus de gares que ce que la SNCB voulait ; c'est très positif, et on ne peut que s'en réjouir. Mais que desservent-elles, et comment sont-elles desservies ?
En ce qui concerne les mesures d'accompagnement, vous faites référence au Plan régional de stationnement, que mon groupe a beaucoup soutenu. Mais, en voyant Iris 2, on ne discerne pas très bien où sont les réductions de capacité, puisqu'on va créer de nouveaux parkings souterrains.
Bref, si vous me rassurez en disant que M. Schouppe a voulu faire sa publicité électorale et que rien n'est fixé, j'ai tout de même quelquesinquiétudes en voyant que des gares comme Verboeckhoven sont abandonnées à la demande de la Région.
M. Pascal Smet, ministre.- On n'abandonne rien ! Il y avait 28 gares, nous en sommes à 37, et nous en voulons 46.
Mme Céline Delforge.- Ladite Région est prête à dépenser un argent fou pour une ligne de métro qui va au même endroit. La question n'est pas d'être pour ou contre le métro.
M. Pascal Smet, ministre.- J'entends bien que vous êtes contre le métro entre Neder-over-Heembeek, Schaerbeek et Uccle. Etes-vous contre les lignes de métro ?
Mme Céline Delforge.- Je suis pour le métro quand il est justifié, mais je suis contre lorsqu'il y a d'autres solutions moins coûteuses. N'essayez pas de m'enfermer dans ce type de débat.
M. le président.- Nous sommes dans le cadre d'une réplique et la parole revient donc à Mme Delforge.
Mme Céline Delforge.- L'exécutif contrôle le parlement, M. le président !
M. Yaron Pesztat.- Nous sommes contre le gaspillage des deniers publics.
M. Pascal Smet, ministre.- Vous ne répondez pas à la question de savoir si vous êtes pour ou contre une ligne de métro entre Neder-over-Heembeek, Schaerbeek et le centre d'Uccle. J'ai tout de même le droit de vous poser la question.
M. le président.- En principe, ce sont les parlementaires qui interrogent le gouvernement et non l'inverse. Mme Delforge, poursuivez votre réplique.
Mme Céline Delforge.- M. le ministre, on sait que vous tentez de réduire le débat au fait d'être pour ou contre le métro, mais la question n'est pas là. La question est de savoir si une ligne de métro est ou non pertinente et si d'autres solutions existent. Comme le dit mon chef de groupe, il serait vraiment dommage de doubler le coût simplement parce que l'on se refuse à installer une gare RER.
Cela ne signifie pas qu'il faille définitivement renoncer à une ligne de métro, mais seulement qu'il serait absurde de faire double emploi lorsque l'on n'a pas suffisamment d'argent. Encore faudra-t-il expliquer ensuite aux gens qui n'avancent pas en tram et en bus que l'on n'a pas pu installer une gare RER et que les moyens de la STIB partent au métro !
M. le ministre, la réponse que vous me donnez est en demi-teinte. Il y a du positif, surtout dans le fait que rien, manifestement, n'est définitif. Toutefois, le projet d'abandonner une gare RER au profit du métro n'est guère rassurant.
M. le président.- La parole est à M. Smet.
M. Pascal Smet, ministre.- Je voulais simplement dire que je suis aussi contre le fait d'un doublon, car je suis contre le gaspillage. Cependant, je suis pour une ligne de métro nord-sud. Je pense qu'il serait bon qu'il passe aux alentours de Verboeckhoven; les Schaerbeekois doivent certainement être d'accord avec moi.
Faut-il pour autant une gare à Verboeckhoven ? On le défend et on verra si on arrive. M. Grimberghs, assez expert en ces dossiers, a dit lui-même qu'il serait peut-être exagéré de croire que la Région obtiendra les 46 gares demandées ; il l'a répété ici même il y a une demi-heure. La Région continuera à se battre.
J'ai bien dit que nous venions de 28 gares et on en est à 37 ; si l'on pouvait arriver encore plus près des 46, nous aurons réalisé du bon boulot. Nous n'y sommes pas encore. Je ne signerai pas un accord au mois de mai s'il n'est pas bon pour Bruxelles.
Nous continuerons à défendre notre projet des 46 gares pour 2015. Mais, dans la vie, il s'agit de rester réaliste. On pourrait préparer un programme électoral et prévoir les gares pour 2020 ; ensuite, après les élections, on adapte. Non, je n'agis pas ainsi. Je préfère avoir un accord clair pour 2015, avec des garanties claires pour 2020, au lieu de tromper les gens. Pendant des années, on a parlé du RER et, pendant cette législature, on a bien avancé. Maintenant, le temps est venu de boucler. Je préfère agir en poursuivant de manière constructive jusqu'à la fin au lieu d'annoncer avant les élections tout vouloir, même si c'est impossible.
Je continue le combat pour parvenir au plus près du résultat escompté, soit 46. Je constate que nous en sommes à mi-chemin. Il nous reste quelques semaines pour y arriver.
Il faut bien différencier les réseaux RER et métro.
RER=échelle de la périurbanisation
métro=échellle de l'agglomération
Si on ajoute trop de stations RER dans Bruxelles = RER inutile pour les navetteurs car temps de parcours trop important = le voiture gagne. alors que l'amélioration du métro ainsi qu'une nouvelle ligne de métro parait indispensable pour accueillir les nouveaux clients RER
bien à vous,
Guillaume
RER ça veut dire Réseau Express Régional.
pour les bruxellois (qui ne sont pas en grande périphérie), y a D'ABORD le métro.
D'ailleurs si les bruxellois continuent à mélager les deux, il n'y aura plus jamais de nouvelle ligne de métro.