mer 15 avr 2009

Vote électronique : l'exemple du Vénezuela

15 04 2009

Ce 7 juin, une partie des électeurs belges va une fois de plus voter à l'aide d'ordinateurs. Un système régulièrement mis en cause pour son manque de transparence, de fiabilité et qui rend impossible le contrôle citoyen de cet exercice démocratique. Il existe pourtant un pays qui utilise un système de vote automatisé qui répond à tous ces critères : le Vénezuela, où j'ai eu à plusieurs reprises l'occasion d'accompagner un processus électoral exemplaire.

Ma dernière mission d'accompagnement d'un processus électoral au Vénezuela remonte au referendum du 15 février de cette année. Cette fois, j'ai même pu aller visiter l'usine où sont configurées les machines à voter. Je ne me suis pas privée de poser de nombreuse questions. Mais rien à faire, bien que je sois plutôt méfiante face aux techniques de vote automatisé, je n'ai toujours pas trouvé de faille dans le système vénezuelien. Et la pourtant très vivace opposition, qui ne manque pas de ressources ni d'experts, non plus. Il faut dire qu'à toute les étapes du processus, des témoins de tous les camps sont invités à participer. Y compris dans cette usine où des machines à voter sont tirées au sort et testées par les témoins de parti. On est loin de l'opacité du système belge.

Comment l'électeur vénezuelien doit-il faire pour voter ?

Arrivé devant le centre de vote, l'électeur doit consulter la liste affichée à l'entrée pour savoir dans quel bureau il doit se rendre. Une fois dans le bureau, il remplit le registre électoral en le signant et en y apposant ses empreintes digitales. Une première étape pour éviter les votes multiples ou sous une fausse identité. Il semble donc qu'ici, les morts ne puissent pas voter. Ensuite, il se rend devant la machine à voter qui est protégée des regards par un paravent en carton, enregistre son vote et le valide. Une fois le vote confirmé, la machine imprime un ticket qui indique le vote enregistré. L'électeur va lui-même glisser ce ticket dans une urne. La dernière étape consiste à tremper son auriculaire dans une encre indélébile (j'ai testé, ça prend plusieurs jours pour partir) qui offre une garantie supplémentaire contre les votes multiples.

Le dépouillement est également un moment important auquel assistent les membres du bureau et les témoins politiques et des comparaisons sont effectuées entre les résultat de certains ordinateurs et les votes imprimés pour vérifier la bonne marche du système.

Si le vote automatisé vénezuelien semble techniquement irréprochable, un enseignement à en tirer, c'est qu'une partie de sa légitimité vient de la participation citoyenne qui l'accompagne. A chaque étape des témoins de tous les camps sont réllement présents et les bureaux de vote ne sont pas désertés par les assesseurs qui donnent volontiers de leur temps le jour du vote mais aussi lors de formations préalables. Pourtant, le Vénezuela est un pays où on vote plus souvent qu'en Belgique. Mais c'est également un pays où le débat politique est très présent et où les citoyens sont conscients de l'importance de donner leur avis.

Il y a fort à parier que si le Vénezuela avait le même système de vote que la Belgique, les résultats des élections ne seraient pas validés. Il est grand temps de décider si la Belgique veut revenir au vote papier classique ou si elle veut un vote automatisé de qualité. En tout cas, il est urgent d'abandonner nos vieux coucous équipés de disquettes...

12 commentaires à Vote électronique : l'exemple du Vénezuela

15 04 2009
Alexandre :

Pas étonnant que le système vénézuélien plaise à Ecolo, puisque l'on recense les empreintes digitales. Très sécurisant, en effet, après ça on peut tout bien centraliser dans des fichiers de la défense du peuple, enfin, qu'ils disent. Ca permet de mieux cerners les immondes fachos qui votent MR.

15 04 2009
Céline :

On ne "recense" pas les empreintes : on les laisse sur le registre électoral. Ca permet surtout d'éviter comme par le passé que des gens votent plusieurs fois. En cas de doute, il suffit de comparer les empreintes digitales pour voir si les mêmes apparaissent plusieurs fois. Par ailleurs, le pouvoir électoral vénezuelien est indépendant du gouvernement (il est composé également de gens issus de l'opposition). Les empreintes sont imprimées sur le registre électoral (cf photo). Tout cela est beaucoup moins intrusif que les nouveaux passeports... J'espère que vous avez été aussi prompt à réagir sur la prise d'empreinte dans notre pays ou à la frontière aux Etats-Unis.

15 04 2009
thitho :

Chère Céline,
Chouette rapport, qui contredit nombre d'articles issus de l'opposition interne au Vénézuéla, et aussi d'opposants au chavisme dans d'autres pays; la fiabilité des machines, l'encre indélébile ont été autant d'éléments contestés par les adversaires de Chávez, qui n'hésitent donc pas, selon ton témoignage (et d'autres que j'ai pu lire), à travestir la réalité. J'ai lu des articles parlant d'une encre qui s'efface facilement et de machines non-fiables (alors qu'elles sont utilisées dans certains États des USA, notons bien).

Ça fait un peu de bien de lire ceci en contrepoint, parce que ça fatiguait de toujours citer Jiminy Carter comme référence.

Bien que toujours, et à jamais (à moins de devenir idiot), opposant au système de la démocratie représentative (ce qui ne signifie pas que je considère ses partisans idiots), à ma connaissance, le système vénézuélien est effectivement l'un des moins désastreux.

Il ne lui manque plus que l'obligation de vote, que je considère un mal nécessaire pour qu'une démocratie représentative s'appuyant sur le scrutin ait un minimum de valeur.

Je sais que ça peut paraître paradoxal de la part d'un anar, mais l'obligation de vote est, selon moi, un des seuls paravents de garantie un peu logique dans le système pourri de la démocratie parlementaire.

Ce qui ne signifie pas qu'elle le sauve...

Bise, Céline, ainsi qu'à ta famille

15 04 2009
Karim Majoros :

Ce qui est inquiétant, avec le système belge, c'est que des bugs importants se sont déjà produits à plusieurs reprises (candidats avec plus de votes sur leurs personnes que le total des votants de leurs listes, genre).

Et à chaque fois, aucun enseignement n'en a été tiré.

23 04 2009
Mathias :

Je trouve aussi que l'empreinte digital ca fait un peu de trop, l'encre indélébile pour 4 jours ca me semble suffisant pour éviter les morts et les multivotants. Pour le reste prenons en de la graine.

24 04 2009
Anonym.. :

Croyez le ou nous, les prochaines machines de vote électroniques utilisées en Belgique seront produites au Vénézuela..

28 05 2009
Gregory Antoine :

Bonjour,
assez comique comme article vu que le programme d'ecolo propose de supprimer le vote électronique web4.ecolo.be/spip.php?ar... ... et non de trouver d'autre machine plus sexy... Etes vous donc en opposition avec votre parti ?
Pour ce qui est de la fiabilité du système vénézuelien, vous le dites vous même, le seul controle est sous forme de test ? Combien de machine sont testés ? 10% 20 % ... quand on sait que des elections peuvent se jouer à quelques voix je me pemet encore et toujours de douter. Le vote ne merite il pas un dimanche par an de comptage (et possibilité de recomptage) ?

Bonne chance pour les elections

29 05 2009
Céline Delforge :

@Grégory Antoine. Tant qu'à se baser sur le programe autant le lire totalement : "Ecolo demande dès lors le maintien – ou le rétablissement – du vote papier et exige qu’aucune modification nouvelle du système de vote ou de dépouillement – par exemple, dépouillement par lecture optique – ne puisse être adoptée sans la garantie d’un contrôle aussi démocratique que celui que permet le vote papier"
Le système au Venezuela apporte le garantie du vote papier puisque le support papier, vérifiable par l'électeur, existe.
En ce qui concerne les votes qui se jouent à quelques voix : le comité électoral du Venézuela annonce la tendance lorsqu'elle est estimée irréversible (et ça s'est passé ainsi même lorsque Chavez a perdu le referendum de 2007). Si la différence devait se jouer à quelques voix, le recomptage rendu possible par le support papier s'imposerait.
Et je suis bien d'accord avec vous, le vote mérite un dimanche de (re)comptage. Et là aussi, je suis persuadée que ce qui se passe au Venézuela en est un bel exemple : tous les partis se mobilisent pour accompagner le scrutin et manifestement, il n'est pas non plus difficile de trouver des citoyens prêts à donner de leur temps pour travailler dans les bureaux de vote.

10 06 2009
damorop :

Quelques compléments:

Il y a différents audits aux différentes étapes. En particulier il y a comparaison systématique des voix électroniques avec voix papiers pour un échantillon proche de 50% de machines. Initialement le système prevoyait un audit avec un échantillon plus faible (autour de 3%) mais la pression publique permit de changer la taille de l'échantillon.

Par ailleurs, un contrôle a posteriori très utile est que chaque personne peut comparer directement les résultats avec sa propre perception. Dans la page web www.cne.gob.ve il est possible de voir les resultats très très en détail, bureau de vote par bureau de vote.

Au sujet du contrôle des votants, le systèma va bien au delà, car il y a des machines lectrices d'empreintes pour vérifier l'identité de chacun. Ceci étant, une bonne partie de l'opinion publique était plutôt d'accord avec ce procédé pour éviter les morts votants et autres bizarreries, une fois qu'il y a eu garanties suffissantes d'une complète decorrelation entre les données d'identification et de vote, c'est-à-dire, que personne ne puisse mettre en doute le secret du vote.

Dernière remarque: le vote n'est pas obligatoire au Venezuela, mais le service civil dans les bureaux de vote est obligatoire, par tirage au sort.

19 06 2009
Pi de la Vache :

Bonjour, Celine!
Vos interventions sur l'ineptie du vote électronique belge sont intéressantes et de qualités.
Je tiens donc à vous apporter mon témoignage; ayant été secrétaire d'un bureau de vote de Saint-Josse ce 7 juin dernier, j'ai pu observer nombres d'irrégularités que ni le président du bureau, ni le président du canton n'ont tenu à relever, malgré ma très très vive insistance, au nom de la "tranquillité" et la volonté de na pas faire de vague dans le contexte soi-disant difficile d'un bureau de St-Josse où la majorité des électeurs ne parlent aucune des deux langues nationales et viennent plébisciter un candidat du quartier issu de la même communauté qu'eux, en ignorant presque de quel parti il émane...
Tout d'abord, 9 personnes ont voté deux fois (plus, peut-être, ceux que je n'ai pas remarqué), en prétextants que la machine à voter avait refoulé la carte. Rien d'anormal jusque là, sauf que ces cartes "invalidées" ont été placée dans l'urne! J'ai eu beau hurler, la présidente affirmait qu'il s'agissait de la procédure (un comble..) et n'avait "pas le temps" de vérifier sur les documents qu'elle conservait jalousement sous son bras.
Ensuite, comme vous le mentionner vous-même, j'ai parlé à 4 Européens ayant pu voter sur les listes régionales. Plus un qui nous a appelé au secours, se rendant compte de l'erreur, et que la présidente a invité à voter blanc, car "ça revient une fois à la même chose, alley!". Ceci signifie que des citoyens de nationalité belge ont reçu la carte formatée pour ces électeurs Européens et n'ont pas pu voter pour les listes régionales...aucun ne s'en est plaint, mais c'est l'évidence, puisqu'il s'agit d'une simple interversion à la remise de la carte magnétique...
Le vote papier est le seul à mes yeux, qui garantisse que le citoyen lambda puisse contrôler le processus jusqu'au bout, comme cela se fait en France, où même le dépouillement est public; tout en étant étranger j'ai même pu photographier le dépouillement des dernières présidentielles dans un bureau d'une petite ville de province... malheureusement en Belgique, même le dépouillement des bureau "papier" se passe dans la plus totale opacité...

06 07 2009
Antoine Nélisse :

Une simple question : pourquoi chercher un vote "technologique" qui puisse apporter la possibilité de vérifier les votes manuellement ? Pourquoi ne pas plutôt faire le choix de revenir à la solution la plus économique et écologique ?

Quel est le véritable apport de ces machines dans la vie démocratique, si ce n'est le fait d'avoir les résultats plus tôt ?

Loin de moi l'idée de m'opposer à la technologie en général, mais là, non ! Payer plus cher et polluer plus pour une solution au résultat équivalent, ça reste du gaspillage pur et dur.

06 07 2009
Céline Delforge :

Le vote technologique ne doit pas se faire à tout prix et entre le vote électronique "à la belge" et le vote papier, mieux vaut le vote papier. Par contre, il est utile de se rappeler que le vote papier présent aussi des fraudes. Le grand classique étant la mine de crayon en dessous d'un ongle qui entraînait le remplissage de certains bulletins blancs... Le système présenté ici empêche cela puisque la version papier du vote est imprimée et donc infalsifiable. De toute façon, en ce qui concerne la Belgique, la première étape consisterait déjà à abandonner le vote électronique actuel, quitte à avoir un nouveau débat pour savoir si on se satisafit du vote papier ou si on estime nécessaire un vote électronique mais plus sécurisé.

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