mar 20 jan 2009
3,5 millions d’euros pour des panneaux à message variable: es-ce bien nécessaire?
20 01 2009
La région compte investir près de 3,5 millions d’euros pour l’installation de panneaux à messages variables sur les principaux axes de pénétration. Une somme énorme qu’il aurait été plus utile d’employer ailleurs, notamment pour réduire la pression automobile et améliorer l’offre en transports publics. Une interpellation à Pascal Smet en commission de l’infrastructure du mercredi 7 janvier 2009
Mme Céline Delforge.- J'ai appris avec étonnement que Mobiris mettait actuellement en place en système de panneaux à messages variables, qui seraient installés sur les axes de pénétration situés dans notre région, en direction du centre-ville.
Ces panneaux de taille considérable sont du même type que ceux qui sont généralement utilisés sur les réseaux autoroutiers. Or, dans le cas présent, il s'agirait de les implanter dans un réseau urbain, avec comme conséquence qu'une partie de ces panneaux géants seraient installés sur les trottoirs.
En outre, lesdits panneaux utiliseraient des couleurs vertes et rouges. L'objectif annoncé de ce dispositif est de "réduire le risque de suraccident lié à l'énervement des automobilistes dans les files".
Je m'étonne franchement que, dans une Région où le respect du code de la route ne semble pas être une priorité, on désire s'attaquer à l'insécurité routière en investissant dans des dispositifs qui posent l'automobiliste comme une victime impuissante quant à son comportement. A l'heure où de nombreuse lignes de bus sont régulièrement scindées et retardées par la congestion automobile, il semblerait logique que la Région investisse en priorité sur la sortie du cercle vicieux induit par le nombre croissant de véhicules particuliers qui augmentent la congestion des voitures mais dégradent également la qualité du réseau de transport public ainsi que la qualité de l'air.
De plus, la surabondance de panneaux de signalisation est régulièrement mise en cause. Il est difficile de croire qu'en rajouter d'autres, plus visibles et plus "flash'", contribuera à améliorer la situation. D'autant que les panneaux à message variable risquent, en raison de leur caractère lumineux, de détourner l'attention des automobilistes des autres panneaux routiers.
L'aspect autoroutier de ces panneaux risque en outre de renforcer certains automobilistes dans la croyance du rôle prépondérant de la voiture sur certains axes, au détriment des autres usagers de la voirie.
En vue de limiter l'énervement des automobilistes coincés dans les embouteillages, il semblerait plus logique d'agir sur le taux particulièrement faible d'occupation des véhicules privés dans notre Région (1,2 occupant par voiture). La Région ne pourrait-elle plutôt améliorer les infrastructures cyclables ainsi que la fluidité des trams et bus dont les passagers sont également sujets à un énervement croissant.
Par ailleurs, l'implantation de panneaux sur les trottoirs signifie qu'une fois de plus, un équipement à destination du trafic automobile empiètera sur l'espace dédié aux piétons. La logique de partage équitable de l'espace public entre modes de déplacement et l'amélioration du confort des déplacements à pied n'y trouvera certainement pas son compte.
Enfin, d'une façon ou d'une autre, ce dispositif aboutira à faciliter l'accès au Pentagone en voiture, alors qu'il s'agit de la zone de la Région la mieux desservie en transports en commun.
Quel est le coût de ce projet qui se veut novateur, en ce compris les études et autres étapes préparatoires ? Des dispositifs similaires, généralement utilisés sur des réseaux autoroutiers, sont-ils déjà installés dans des centres urbains en Belgique ou à l'étranger ? Quelles spécifications permettront d'éviter le report du trafic des axes principaux vers des zones où ce trafic est indésirable au regard de la hiérarchisation des voiries ? Ce type de système, adapté à des réseaux de type autoroutier, et donc simple, est-il capable de modéliser tous les cas de figure concernant un réseau urbain, dense et enchevêtré ainsi que de fournir en temps réel l'instruction adéquate aux automobilistes ?
Ce dispositif intégrera-t-il dans ses paramètres de base les plans de mobilité existants et à venir, notamment pour les quartiers qui ne sont pas destinés à accueillir un trafic de transit ? Dans quelle mesure le choix de l'affichage des informations dans les couleurs rouge et vert est-il compatible avec l'article 80 de l'Arrêté Royal relatif au Code de la route qui stipule qu'il est interdit de donner une luminosité d'un ton rouge ou vert à tout panneau publicitaire, enseigne ou dispositif se trouvant dans une zone s'étendant jusqu'à 75 mètres d'un signal lumineux de circulation, à une hauteur inférieure à 7 mètres du sol ?
Avez-vous sollicité l'avis de l'IBSR ? Dans quelle mesure, le choix d'investir dans des dispositifs visant à favoriser le mode de déplacement automobile est-il compatible avec la volonté de réduire le trafic automobile de 20% dans notre Région, d'autant que ces panneaux peu discrets auront un impact sur notre paysage urbain et le message de convivialité et de priorité à la mobilité douce qu'il renvoie ou non.
M. le président.- La parole est à M. Smet.
M. Pascal Smet, ministre.- Mme Delforge semble découvrir ce projet alors qu'il a été déjà évoqué à plusieurs reprises au sein de cette commission. Des panneaux similaires ont déjà été installés dans certains tunnels. Toutefois, annoncer la formation d'un embouteillage à l'automobiliste qui y est coincé est dérisoire. Il importe de le prévenir avant qu'il ne s'engage dans le trafic, pour lui permettre d'opter éventuellement pour les transports en commun.
L'objectif de ce projet consiste à informer les automobilistes, fluidifier le trafic, mais également à promouvoir le recours au transfert intermodal. Au cours des prochaines semaines, mon administration procèdera à l'installation de neuf panneaux à messages variables supplémentaires : cinq sur le Ring de Bruxelles à Anderlecht, un au bout de l'E40 à l'entrée de l'avenue Charles Quint, un autre sur l'A12 à hauteur de la chaussée Romaine, un autre encore sur l'E411 à hauteur de Delta et un dernier sur le boulevard de l'Industrie. Il s'agira en l'occurrence de grands panneaux PMV full-matrix. Tous ces axes sont, à l'exception du boulevard de l'Industrie, des autoroutes sans construction.
Par ailleurs, une étude est actuellement en cours au sein de mon administration. Elle est intitulée « Etudes préliminaires de gestion dynamique de la mobilité et de la sécurité en vue de l'implantation de panneaux à messages variables », et a pour objectif de développer, en collaboration avec l'ensemble des partenaires - les 19 communes, les 6 zones de police et la police fédérale, le SIAMU et la STIB- dans un but de sécurité et d'information, des scénarios de gestion des événements pouvant survenir sur les principaux axes du réseau routier régional.
De plus, ces panneaux permettront également de présenter des informations complémentaires liées aux temps de parcours, aux parkings de transit,...
Cette étude comprend quatre phases :
- Phase 1 : réalisation de scénarios de gestion dynamique de la sécurité et de la mobilité.
- Phase 2 définition des PMV pour les scénarios prioritaires.
- choix de 75 PMV à mettre en place de manière prioritaire.
- réalisation des fiches équipements (descriptions technique et fonctionnelle, équipement de communication, plan d'implantation,...).
- Phase 3 : analyse du plan pluriannuel 2005-2009 des travaux publics de la Région de Bruxelles-Capitale.
- Phase 4 : installation de 30 PMV prioritaires et élaboration des dossiers de demande de permis d'urbanisme et des cahiers des charges.
Le coût d'implantation des neuf panneaux s'élève à 3.444.000 euros. Sont compris dans ce budget les frais pour l'installation des câbles d'alimentation, des câbles à fibres optiques, de 126 boucles de comptage, de vingt caméras d'observation, du système de commande et de gestion et des armoires électriques. Le coût de l'étude s'élève à un peu moins de 150.000 euros TVA incluse.
La gestion d'événements survenant sur les principaux axes routiers régionaux nécessite, dans certains cas, une information depuis le ring 0. La première phase de l'étude propose donc plusieurs types de panneaux : classiques et un peu moins classiques ou textuels. Leur objectif est d'informer les usagers en cas d'événement survenu en aval, afin qu'ils adaptent leur vitesse à la situation de danger ou qu'ils changent de mode de déplacement dans la ville.
Il n'a pas été jugé nécessaire d'associer l'IBSR au comité de pilotage, car de nombreuses autres villes ont déjà expérimenté ce système et nous avons pris connaissance des résultats de ces expériences. A mon avis, cette mesure est très efficace, pas seulement pour la gestion du trafic à Bruxelles, mais aussi pour organiser et favoriser un transfert modal vers les transports en commun. Mme Delforge devrait revoir son préjugé vis-à-vis de ces panneaux à messages variables.
M. le président.- La parole est à Mme Delforge.
Mme Céline Delforge.- Il s'agit de septante-cinq panneaux ! Je souhaite que vous me garantissiez qu'il n'y aura pas un seul panneau sur un trottoir fréquenté.
M. Pascal Smet, ministre.- Il y en aura sur des trottoirs fréquentés.
Mme Céline Delforge.- Donc ces trottoirs seront encore davantage encombrés par la présence de ces panneaux.
M. Pascal Smet, ministre.- Les lieux d'implantation des panneaux n'ont pas encore été choisis. Mais ils pourront aussi être placés sur une aire de stationnement, par exemple.
Mme Céline Delforge.- Dans les dernières réalisations de la Région, je n'ai pas vu beaucoup d'équipements installés sur des places de stationnement. La somme que vous mentionnez pour ces neuf panneaux me paraît exorbitante. Je ne m'attendais pas à ce que neuf panneaux coûtent 3.400.000 euros. Et vous en prévoyez septante-cinq ! Si vous avez 30.000.000 à utiliser, j'ai quelques suggestions à vous faire, qui pourraient améliorer le réseau de la STIB et la vie quotidienne des usagers.
M. Pascal Smet, ministre.- Ces panneaux seront utiles pour la STIB.
Mme Céline Delforge.- Je pensais que la Région devait se serrer la ceinture, qu'on ne pouvait pas acheter les bus au gaz, destinés à améliorer la qualité de l'air. Mais, par contre, il y a de l'argent pour d'autres projets. Pourriez-vous nous tenir au courant du calendrier et de la carte d'implantation de ces panneaux ? Des enquêtes publiques vont-elles être ouvertes à ce sujet, ces panneaux n'étant pas de petite taille ?
Quand vous aviez évoqué ces panneaux, nous pensions que ce serait pour les entrées de tunnel, par exemple. Mais septante-cinq panneaux peuvent changer le visage de la Région et donnent en plus l'impression de l'omniprésence de la voiture, qui vient d'ailleurs d'être mise en avant par une étude sur la mobilité à Bruxelles.
M. le président.- La parole est à M. Smet.
M. Pascal Smet, ministre.- Cette étude est déjà un peu dépassée. Les 3.500.000 euros sont destinés aux neuf panneaux, mais aussi à l'installation des câbles d'alimentation, des câbles à fibres optiques, de 126 boucles de comptage, de vingt caméras d'observation, du système de commande et de gestion et des armoires électriques. Certains de ces équipements seront réutilisés pour les soixante-six autres panneaux à messages variables qui seront installés.
Le choix de l'implantation des autres panneaux peut être communiqué. Il ne s'agit pas de placer ces panneaux sur la Grand Place de Bruxelles ou dans la rue des Bouchers mais bien sur les grands axes de pénétration de la ville. Il est logique d'informer les automobilistes qui s'engagent sur le réseau routier vers le centre de la ville. Je puis vous assurer que les panneaux seront adaptés au milieu urbain. Vous ne vous êtes pas plainte, lorsque la commune de Forest a installé un grand panneau d'informations communales sur la place Albert.
Mme Céline Delforge.- Je ne suis pas conseillère à la commune de Forest.
M. Pascal Smet, ministre.- L'objectif que nous poursuivons consiste à informer les automobilistes et à organiser le transfert intermodal. J'ai toujours été un ardent défenseur de l'utilisation des transports en commun. Le périodique "The Bulletin" a souligné récemment mon engagement dans la lutte contre l'utilisation de l'automobile en Région bruxelloise. Je n'ai par conséquent pas de leçon à recevoir sur ce point.
Je souhaite seulement promouvoir l'information auprès des automobilistes et organiser un transfert intermodal en déterminant des lieux spécifiques pour l'implantation de ces panneaux. Ceci ne se fera pas au détriment des cyclistes ou des piétons. Par ailleurs, les villes qui ont organisé ce système jouissent d'un trafic urbain plus fluide et sont parvenues à réduire la pollution.
Et pourtant,c st de l arithmetique de niveau CM1+ cest gros..et mieux ca passe.Question de lubrifiant!!!
Et bien et bien. Ce sont de bonnes nouvelles que tu nous annonces :))