mer 25 juin 2008
Libérer l’espace public du sexisme publicitaire
25 06 2008
Le 09 novembre 2007, la séance plénière du Parlement bruxellois était consacrée aux questions du genre à l’occasion de la journée internationale des femmes. Parmi les outils pouvant contribuer à lutter contre les stéréotypes sexistes il en est un qui n’est que trop rarement évoqué alors qu’il devrait figurer en bonne place ; l’opposition au fléau publicitaire qui véhicule une image dégradante des femmes. Mon intervention au cours des débats…
Aujourd'hui, nous avons déjà beaucoup évoqué les questions portant sur le fait de devoir briser les stéréotypes, de devoir faire des formations et de l'éducation dans les écoles et à tous les niveaux pour rétablir une égalité hommes-femmes.
Pourtant, dans notre espace public qui est entre autres géré par la Région, tous les jours, les femmes sont représentées comme des putes, des femmes au foyer, des mères poules ... Où cela ? Mais sur les affiches publicitaires tout simplement !
Or, on sait que la publicité, omniprésente tant dans les médias que sur internet, fait également partie de notre espace public, lieu où nous vivons tous ensemble. Par définition, ce type de lieu devrait être exempt de rapports commerciaux. Or, il y a un matraquage d'images où les femmes sont représentées comme des objets.
Quelles sont les conséquences de ce phénomène ? On sait que la publicité a un impact énorme sur le public. Chaque jour, nous sommes tous soumis à entre deux mille et trois mille messages publicitaires. Nous ne pouvons donc pas consciemment répondre à chacun de ces messages de façon rationnelle en argumentant en fonction de nos connaissances. Par ailleurs, les plus sensibles à ces messages publicitaires sont les enfants, ceux que nous voulons éduquer à l'égalité hommes-femmes et non aux stéréotypes.
Ce sont également les publics les plus défavorisés socio-culturellement, qui n'ont pas les outils pour répondre aux messages qu'on assène toute la journée. Ce sont également les hommes qui, désormais, voient les femmes comme des objets et également les femmes à qui on montre toute la journée qu'être une femme, c'est avoir un corps de rêve. Lequel d'ailleurs n'existe souvent pas, car le corps de femme qu'on leur montre a été souvent retouché.
Enfin, la publicité fait appel à des pulsions pour pousser à l'achat. Ces pulsions sont souvent d'ordre sexuel, même pour vendre des yaourts. Face à cette situation, l'on a le choix entre l'hypocrisie totale et le choix d'une libération totale de notre espace public vis-à-vis de ce type de message.
Ce discours peut évidemment sembler quelque peu extrémiste. Je prendrai pour exemple deux publicités que l'on pouvait voir dans les abribus de la STIB. La première montrait une charmante jeune fille qui, une fois que sa copine avait le dos tourné, mettait dans la boisson "light" de cette dernière un sucre en lui disant "Tiens, prends ça". C'était sous-titré « Diaboliquement féminin ». Il est donc clair qu'une femme pense tout d'abord à être très mince en buvant des sodas, ce qui est déjà un paradoxe, et surtout souhaite que sa copine soit très grosse.
Ainsi, on se situe dans une belle compétition : "Je suis plus belle que toi et c'est ainsi que cela doit être". La deuxième publicité pour Be TV montrait au vu de tout le monde Sharon Stone alanguie avec comme slogan : "En décembre, c'est gratuit !" On peut certes mener un débat sur un certain quartier rose bruxellois, mais nous sommes ici en plein scandale puisque les publicitaires répondront qu'il ne s'agit que d'humour qu'il faut pouvoir décrypter.
Or, je ne suis pas certaine que les enfants qui sont exposés depuis tout petits à ce type de message sont capables de discerner cet humour et qu'ils savent que ce n'est pas ainsi qu'il faut considérer les femmes. Ensuite, l'on viendra se plaindre que les jeunes ont des comportements de plus en plus machistes, sexistes et violents ! Cela me semble normal, car on leur impose toute la journée une image de la femme qui n'est qu'un objet, qui doit être parfaite et qui n'attend qu'une chose, c'est de se faire sauter.
Quant aux filles, on leur dit que pour réussir, il faut être un mannequin - qui n'existe par ailleurs pas - et qu'il faut consacrer toute son énergie à ce but et à rien d'autre. Je passe toutes les publicités où les femmes sont simplement stupides puisqu'une femme n'a pas besoin de cerveau.
Pour en revenir à ce qui nous préoccupe, à savoir le niveau régional, nous avons des moyens d'agir. Quand on évoque le projet "Cyclocity", on se demande comment on va financer les vélos. Il suffit de mettre un peu plus de panneaux publicitaires sur lesquels figureront, je vous le donne en mille, une bonne part de publicités qui réduiront une fois de plus la femme à des stéréotypes.
Mme Anne-Sylvie Mouzon.-Alors que nous savons depuis longtemps qu'une femme sans homme, c'est comme un poisson sans bicyclette.
Mme Céline Delforge.- Ou un baiser sans moustache.
Nous avons les moyens d'agir : nous pouvons réglementer ce qui se déroule sur notre espace public. Il ne sert à rien de le réaménager afin de sécuriser les femmes si, parallèlement, nous voyons des publicités disant : "Elles n'attendent que de se faire sauter". Ce message n'est pas du tout sécurisant. Qui a envie d'aller s'asseoir seule sur un banc si une publicité aussi provocante se trouve à proximité.
Mme Anne-Sylvie Mouzon.- Moi-même avec un sécateur...
Mme Céline Delforge.- Nous avons un pouvoir d'action à notre portée. Allons-nous continuer à financer des politiques publiques à coup de publicité ? La Région doit se poser en permanence la question à propos du mobilier urbain, du financement des vélos, des bus - où l'on ne vente pas que des femmes dénudées, mais aussi des gros 4X4.
Nous ne pouvons pas tolérer cette hypocrisie qui consiste à faire de l'éducation dans les écoles, et puis à laisser passer de tels messages. Il s'agit de matraquage, de propagande. Si vous suivez une formation en entreprise, vous pouvez discuter et dialoguer avec le formateur. Quand je vois un panneau publicitaire, soit j'entre dans l'illégalité et je vais le bomber, soit je ne peux pas lui répondre. En général, je ne lui réponds pas et je ne le bombe pas non plus.
Franchement, aujourd'hui, la Région a les moyens d'agir, à savoir : supprimer la publicité dans les espaces publics, en sachant que la publicité est axée en très grande partie sur les pulsions sexuelles, la marchandisation de la femme, pour faire vendre. Si nous voulons briser les stéréotypes, nous devons d'abord nous attaquer à ce fléau.
Laissez-nous rêver...
:b
Pour la version longue:
Ok, la publicité se sert des pulsions pour appâter le client, elle se sert des désirs,
et elle se sert donc des besoins.
Et si cela marche, il est probable que l'homme rêve ainsi de la femme. (Beaucoup plus qu'il n'est probable que se soit la publicité qui le perverse ainsi).
Maintenant vous nous proposez de tuer ces désirs pour les remplacer par une société plus "égalitaire", plus "neutre", plus "froide", plus "stérile".
Mmm, mais mesdames, êtes-vous au claire avec votre fantasme de castration?
Car je ne vois point vous inquiéter des moments où la femme voie l'homme comme réduit à être « l'objet » de ses demoiselles [souvent conditionnées par les complexes de leur mère, de leurs enseignant(es)].
Car je ne vous vois point vous indigner que dans tous les films ou séries à public féminin, (on est loin de quelques affiches publicitaires) où l'homme est médecin, avocat,… riche et membre d'une de ces professions directement caractéristique d’au moins 3% de la population masculine.
Quand à votre éloge de la censure, ne pensez-vous pas qu'il y a d'autres partis dans ce pays dont cet outil est plus représentatif?
Alors si vous n'avez pas besoin de l'homme, laissez-lui le droit d'exister.
Et si vous en avez besoin mais qu'il vous a déçu, si vous vous sentez menacées par ces poupées de plastique je vous suggère un petit truc :
Je ne fais pas partie de ce fantasme social que sont 3% des hommes, mais je ne me braque pas là dessus.
Il y a de nombreux fantasmes, et je ne leurs fait pas la chasse. Car ces fantasmes, il suffit simplement de trop les avoir réalisés pour qu'ils disparaissent.
Car d'une façon ou d'un autre il en est toujours un auquel on correspond, je le pense pour quelqu'un.
C'est donc simplement celle-là que j'ai cherché.
C’est donc son fantasme que je m’amuse à être, et elle… le mien.