mar 22 avr 2008
Sécurité à la STIB; ni banalisation, ni stigmatisation
22 04 2008
Le jet d’un cocktail molotov sur un bus et la grève consécutive à la STIB a rallumé la question de la sécurité des transports publics, y compris avec les dérives et les stigmatisations habituelles dans les discours officiels. Un sujet qui semble par ailleurs être sous-estimé par le directeur de la STIB. Une question d’actualité à Pascal Smet en séance plénière du vendredi 21 mars 2008
Mme Céline Delforge.- On ne résoudra évidemment pas le problème de la violence dans la société dans le cadre d'une question d'actualité, excepté si on le fait à coup de slogans fallacieux.
Des conducteurs sont en insécurité dans le cadre de leur travail. De même que leurs collègues du service intervention de la STIB, ils se plaignent – depuis longtemps et de manière répétée - entre autres d'un manque d'effectifs au sein du service intervention.
Si ma mémoire est bonne, c'est lors de la mise en place du réseau Noctis que le débat avait ressurgi avec, à la clé, un mouvement de grève. Ce dernier ne faisait pas suite à une agression, mais à ce questionnement.
Où en est-on concernant cette plainte portant sur le sous-effectif ? D'aucuns déplorent que, parfois, une seule patrouille est disponible sur le réseau de la STIB pour intervenir. Comment les revendications des travailleurs vont-elles être rencontrées ?
Par ailleurs, les conducteurs de la STIB, soit ceux qui ont été directement concernés, soit leurs collègues qui l'ont été indirectement, ont été victimes d'une agression, d'une violence.
L'attitude de leur directeur, qui a minimisé les faits et même manifesté une sorte de mépris par rapport à la violence subie par les travailleurs, fait l'objet de ma seconde question.
Estimez-vous que les déclarations du directeur de la STIB sont réellement de nature à apaiser les choses ? Ce n'est pas la première fois que des travailleurs s'adressent légitimement à la STIB en cas de problème et qu'on leur répond qu'il n'y a pas de problème, ou qu'on leur enjoint d'arrêter d'exagérer, alors qu'ils demandent dans un premier temps une écoute.
(…)
M. le président.- La parole est à M. Smet.
M. Pascal Smet, ministre.- Les propos de M. Flausch étaient maladroits. Il s'en est d'ailleurs excusé et il est apparu plus nuancé sur RTL. Il a dit qu'il comprenait totalement les réactions émotionnelles des chauffeurs, mais qu'il a également pensé aux milliers de Bruxellois qui se sont trouvés à un moment ou à un autre sans transports en commun.
Je peux en témoigner moi-même, car j'ai reçu beaucoup d'appels, de sms et d'e-mails de Bruxellois n'ayant pas compris pourquoi, tout à coup, il n'y avait plus de bus et beaucoup moins de trams. Certaines personnes ont été immobilisées.
Elles étaient venues le matin en transports en commun, et l'après-midi ceux-ci ne circulaient plus. L'explication que M. Flausch a donnée était cependant maladroite et je répète qu'il s'en est excusé.
Certaines questions ont été posées au sujet des effectifs. A cet égard, je vous communiquerai plusieurs chiffres. L'effectif du service Sûreté et contrôle est de 379 personnes, dont 334 agents opérationnels. Parmi eux, 166 sont affectés à la prévention, 96 à l'intervention et 72 au contrôle des titres de transport. Il n'y a plus de problème d'effectifs à l'heure actuelle dans le service Sûreté et contrôle. La quatrième équipe d'intervention promise est opérationnelle.
Je voudrais vous rappeler que 160 collaborateurs supplémentaires ont été engagés sous cette législature ; 142 comme membres du personnel de prévention et 15 membres supplémentaires pour le service d'intervention. En termes de personnel, le cadre est rempli et ce gouvernement a donc pris ses responsabilités.
Les caméras, en particulier celle du bus concerné par l'agression, sont en bon état de fonctionnement. Je vous rappelle que le gouvernement a acheté 110 caméras supplémentaires pour les stations. Nous aurons au total 840 caméras dans celles-ci.
Je vous rappelle aussi que tous les nouveaux bus, métros et trams sont équipés de caméras. Le programme d'équipement en caméras de tous les anciens bus sera terminé fin 2009. Il ne s'agit pas de promesses, mais de réalisations en cours.
Je rappelle encore quelques mesures que nous avons déjà prises. Tout d'abord, la fermeture des arrêts dans les stations. A la fin de cette année, nous avons commencé à clôturer les arrêts du réseau souterrain.
Ensuite, 80 bornes d'information et de secours ont été installées dans les stations. Par ailleurs, les équipes d'intervention disposent de 170 GPS / PDA, qui nous permettent à tout moment de savoir où elles se trouvent et de les rendre plus actives sur le terrain. Enfin, des sanctions administratives ont été introduites pour agir contre l'impunité dont ont bénéficié les jeunes fauteurs de troubles sur le réseau de la STIB. Cette impunité appartient au passé, puisque nous pouvons désormais leur imposer des sanctions administratives.
Le gouvernement a donc pris des mesures raisonnables pour augmenter la sécurité sur nos lignes. Que s'est-il passé ? Ebranlé par l'agression, le conducteur n'a pas actionné l'appel d'urgence, dit APSI, qui aurait immédiatement déclenché la procédure d'urgence et l'envoi d'une patrouille du service d'intervention. Cependant, il a appelé le dispatching des bus et a poursuivi sa route en direction de Moortebeek. La police s'est rendue sur les lieux, mais n'a trouvé personne.
Suite à l'incident, tous les bus de la ligne 46 ont été détournés sur le tronçon concerné. Le staff de garde du dépôt Jacques Brel a été averti, à la demande de la police. Afin d'éviter des réactions des jeunes sur le terrain, la STIB n'a pas envoyé d'équipe d'intervention sur le lieu des faits.
Suite à cet incident et à ceux qui ont suivi, deux rencontres ont eu lieu entre la direction et les organisations syndicales. Une troisième est programmée pour le 27 mars. Il a été convenu, à court terme, d'une présence renforcée des chefs de lignes, des accompagnateurs de bus et du personnel du service Sûreté et contrôle.
En cas d'incident, contact est pris avec la commune d'Anderlecht, en particulier avec le bourgmestre et l'échevin de la prévention. Dès réception d'un appel d'urgence, la zone de police est immédiatement contactée, l'équipe du service Sûreté et contrôle étant renforcée par une voiture de police.
Si la situation l'impose, une déviation de la ligne concernée est installée en temps réel. La création d'un comité de sécurité permanent, constitué de membres de la direction et des syndicats, évalue le suivi des mesures engagées. Un courrier est aussi envoyé au bourgmestre d'Anderlecht, afin de prendre acte de ses engagements et de l'encourager à les réaliser sur le terrain.
En cas de défectuosité du système de suivi des véhicules en temps réel, une procédure d'appel d'urgence par gsm vers un numéro vert est mise en place. Des contacts existent aussi avec le directeur coordinateur de la police fédérale, ainsi qu'avec toutes les zones de police locales, afin de pouvoir répondre de manière adéquate à d'éventuels autres incidents sur le réseau.
Hier, le ministre-président et moi-même avons convenu d'organiser le 10 avril une réunion entre le ministre-président, moi-même, les six bourgmestres des zones concernées, les six chefs des zones de police et le procureur du Roi de Bruxelles, afin de définir ensemble la manière d'augmenter la sécurité sur les lignes de bus.
Selon moi, il ne s 'agit pas, en l'espèce, d'un problème de transport en commun ou de la STIB, mais bien d'un problème de société urbaine. Ceux qui commettent ces actes dans les bus sont les mêmes que ceux qui brisent les vitres des voitures et qui volent les sacs des vieilles dames.
Ce sont les mêmes individus. Ce problème de société doit cesser, mais à mon sens, ce n'est pas de la responsabilité ou du devoir de la STIB d'organiser une police dans les transports en commun.
Il est vrai que, dans le réseau souterrain, la STIB a une responsabilité accrue pour garantir la sécurité, car cet espace n'est géré que par elle. Sur la voirie, dans l'espace public, la police reste cependant responsable de la sécurité. La STIB n'a pas à y créer une police parallèle.
C'est pourquoi, nous appelons les services de police et le Parquet à prendre leurs responsabilités. Ces jeunes, quant à eux, doivent être rééduqués. Il s'agit d'un problème de société, d'agressivité dans les transports et de structures de cette ville. Pour illustrer ce propos, sachez qu'à Ixelles, il y a quatre jours, en faisant remarquer à un jeune qu'il ne pouvait garer sa voiture dans un sas vélo, je me suis entendu répondre qu'il allait me casser la jambe ! Ce n'est pas normal ! Il faut arrêter cette agressivité. __ Mme Céline Delforge.-__ Il n'y a pas que les jeunes qui sont agressifs en voiture !
M. Pascal Smet, ministre.- Peu importe, il existe une agressivité générale. Il ne faut pas nier les réalités de la ville, ni les stigmatiser. Il s'agit d'une minorité. La grande majorité des personnes vivant dans cette ville et utilisant la STIB ne pose aucun problème. Le problème concerne une minorité, souvent de jeunes citadins.
Je répète que ce n'est pas à la STIB de résoudre ce problème, mais à la police et au Parquet, dont c'est la responsabilité.
(…)
Mme Céline Delforge.- M. le ministre, j'apprécie le fait que vous ayez plaidé pour qu'on ne mette pas en place une police parallèle à celle de la STIB. A plusieurs reprises, vous avez fait appel à la police locale pour que leurs hommes prennent les transports en commun et que leurs patrouilles à pied y soient présentes. Il faut que les députés bourgmestres qui sont présents dans cet hémicycle entendent cet appel.
Ceci étant, si nous parlons de la violence dans notre société, on ne peut pas stigmatiser une partie de la population. La violence est partout, dans toutes les couches sociales. Nous vivons dans un monde de plus en plus dérégulé. La fraude fiscale a des conséquences violentes, ainsi que la fermeture d'une entreprise. Il faut s'attaquer aux comportements inciviques, mais dire que tous les problèmes de violence dans notre société viennent de quelques-uns, ce serait travestir la réalité.
Je vous renvoie aux rapports des Renseignements généraux français pendant les émeutes dans les banlieues : ce sont des problèmes sociaux qui y sont soulevés. Si nous devons avoir ce débat, je vous propose de le faire sérieusement, et pas en stigmatisant quelques catégories de la population.