ven 21 mar 2008

Bus englués dans le trafic automobile; comment limiter les dégâts?

21 03 2008

La pression automobile est telle que les embouteillages sont le lot quotidien à Bruxelles. Les bus, roulants rarement en site propre, et donc les usagers des transports publics en pâtissent lourdement. La STIB possède des outils de gestion afin de régulariser le trafic de ses bus en cas de forts embouteillages. Mais on peut se demander si ces outils sont rationnellement utilisés. Une interpellation à Pascal Smet en commission infrastructure du 12 mars 2008

Mme Céline Delforge.- Je vais aborder un problème qui se pose régulièrement aux quatre coins de la ville et je l'illustrerai par un cas précis, pour aider à la compréhension.

Il arrive que, pour des raisons ponctuelles ou conjoncturelles, les véhicules de surface de la STIB se trouvent bloqués dans les embouteillages. Ils le sont de telle manière que même la prise en compte de plus grands temps de parcours n'empêche pas une importante irrégularité sur les lignes. Les temps de parcours deviennent ainsi imprévisibles et impossibles à planifier au-delà du temps global mis par chacun des véhicules.

On voit alors des bus qui effectuent leur trajet par grappes ; l'arrivée simultanée de trois bus alterne avec de très long laps de temps sans aucun bus.

C'est un grand souci. Ce problème rejoint sans doute celui de l'interpellation précédente, dans la mesure où aucune information n'est fournie au voyageur. En outre, il arrive également que le trajet des bus soit modifié ou raccourci sans aucun préavis. Le voyageur n'est informé de rien !

On ne va évidemment pas rendre la STIB responsable des embouteillages en question. Par contre, je pense qu'elle dispose d'une série d'outils qui lui permettent de limiter les dégâts, à commencer par la régulation. Elle permet de faire rebrousser chemin à certains véhicules pour les réinjecter à une meilleure place dans le circuit. Il est en effet inutile d'avoir trois bus qui se suivent, et aucun bus à un autre niveau du parcours.

Malheureusement, ces outils sont parfois utilisés de façon incompréhensible, et l'absence totale d'information empêche le voyageur de s'adapter à la situation pour éventuellement réorienter son déplacement. De plus, la scission, annoncée ou non, de certaines lignes, vient allonger le temps d'attente et le temps de parcours. Cela augmente l'incertitude pour les usagers qui ont le malheur de circuler au-delà des tronçons les plus fréquentés ou qui sont à cheval sur la scission en deux d'une ligne.

Je vais aborder le cas concret du bus 95, que je connais fort bien. C'est l'une des lignes phares de la STIB, avec le bus 71. Je ne vais pas vous demander à nouveau les explications que vous m'avez déjà fournies en séance plénière, même si je ne suis pas sûre d'en être ravie. Ces dernières semaines, il y a de terribles embouteillages sur le tronçon entre Germoir et Parnasse. La conséquence - qui permet aussi d'évaluer la situation - c'est le fait que les trottoirs sont bondés de voyageurs qui tentent de rattraper un bus précédent à pied, plutôt que de passer seize minutes dans le bus entre deux arrêts.

Le trajet entre ces deux arrêts prend quatre minutes à pied ! Certes, la marche permet de dépasser allègrement bus et voitures, mais dans des conditions de pollution peu optimales pour un exercice physique.

Au-delà de l'allongement significatif du temps de parcours, on constate des temps d'attente atteignant 50 minutes. J'ai eu l'occasion d'attendre un bus pendant 30 minutes, en présence du statisticien de la STIB ! Le premier et le deuxième bus qui ont fini par se présenter terminaient leur parcours à l'arrêt Luxembourg, que l'on ne peut considérer comme un noeud de communication. De plus, ces bus qui terminent leur parcours à Luxembourg font double emploi avec d'autres lignes. Enfin, le troisième bus annonçait un trajet complet, mais s'est finalement, lui aussi, arrêté plus tôt. Les voyageurs ont été priés d'attendre une navette qui a tardé à arriver.

Ce choix de gestion est curieux. Même face à des circonstances exceptionnelles, il y a moyen de faire nettement mieux. Je rappelle par ailleurs - et cela rejoint le problème de la politique de scission des lignes et de l'augmentation du nombre de correspondances - qu'on a limité la ligne 34 à la Porte de Namur en expliquant à ses usagers qu'ils pourraient prendre le 95. Il en va de même avec la ligne 71, qui reliait le haut et le bas de la ville en surface. Elle est scindée de façon relativement aléatoire et imprévisible pour le voyageur.

Ces situations allongent les temps de parcours et nuisent au confort des usagers. La liaison entre le haut et le bas de la ville est désormais pratiquement inexistante. Enfin et surtout, l'imprévisibilité constitue un problème majeur pour les usagers, qui ne savent plus prévoir leur heure d'arrivée. Dans ces conditions, autant utiliser la voiture, qui ne roulera pas plus vite mais qui arrivera à destination.

On touche ici au coeur du problème de la concurrence entre les modes de transport. Enfin, vous vous souvenez que les régulateurs ont déclenché il y a près d'un an un mouvement social et ont failli faire grève pour dénoncer leurs conditions de travail, qui ne leur permettaient plus d'effectuer correctement leur tâche. Ils dénonçaient ainsi un problème de sous-effectif. Or, le problème que je viens de décrire relève en partie de la régulation.

Outre le 95, d'autres lignes sont-elles victimes de situations similaires sur le réseau de la STIB? Quel est le dispositif prévu pour faire face à des situations de ce type ? Je n'ai pas vu d'agent de police régulant la circulation aux carrefours où se posent les problèmes et où il y a des afflux de voitures. Certains carrefours sont pourtant bloqués.

J'aimerais savoir si le service de régulation de la STIB a suffisamment de personnel pour assurer un service de qualité. Dans le cas contraire, ce serait tout le réseau qui en pâtirait. Il est parfois préférable de mieux payer une ou deux personnes supplémentaires pour fournir un service de qualité, plutôt que de perturber tout un réseau de transports en commun ! D'autres solutions que la scission de lignes sont-elles envisagées pour ce type de problèmes ? En effet, cela ne répond manifestement pas à la demande des usagers. Quel est le dispositif d'information en temps réel qui est offert ou envisagé pour que le voyageur puisse prendre ses dispositions et s'adapter à la situation en connaissance de cause ?

(…)

M. le président.- La parole est à M. Smet.

M. Pascal Smet, ministre.- Nous avons déjà eu l'occasion de parler vendredi dernier, en séance plénière, du problème précis des travaux à la chaussée de Wavre et de leurs conséquences sur le trafic.

Le gouvernement se penchera prochainement sur l'état d'avancement du programme VICOM, approuvé le 23 mars 2006. Le document d'évaluation n'est pas encore finalisé, mais l'annexe 7 du contrat de gestion de la STIB, qui détaille les projets prioritaires à mener, prévoit que tous les projets autorisés ou en cours de réalisation seront effectivement achevés en 2008. Il s'agit des projets suivants :

- chaussée de Bruxelles - entre l'avenue Zaman et la place Saint-Denis - à Forest ; - boulevard de la Cambre - rond-point de l'Etoile - avenue Demot - à Bruxelles-Ixelles ; - rue Engeland et avenue du Château d'Or à Uccle ; - avenues Fonsny et Van Volxem à St-Gilles et Forest ; - boulevard Léopold II à Molenbeek et Koekelberg ; - pont du Germoir à Ixelles.

En outre, de nombreux projets actuellement à l'étude sont en passe d'obtenir les autorisations requises et d'être réalisés à partir de 2009. Il serait fastidieux de vous donner ici un état d'avancement détaillé de ces projets, mais nous aurons l'occasion d'y revenir dans le cadre de la discussion du plan IRIS II.

Toutefois, comme vous l'avez constaté vous-même, les performances sont actuellement loin d'être optimales et certains projets mériteraient sans doute d'être mieux soutenus au niveau local. Nous avons en effet perdu du temps ces derniers mois avec certaines communes.

S'agissant de la ligne 95, la Région a élaboré un projet d'aménagement de l'avenue de la Couronne, entre le boulevard Général Jacques et la place Blyckaerts, qui va résoudre beaucoup de problèmes. Je déplore l'attitude de la commune d'Ixelles dans ce dossier. Elle n'a effectivement pas soutenu ce projet. Monsieur le président, votre expérience vous a cependant permis de constater qu'il était vraiment nécessaire d'améliorer la circulation des bus avenue de la Couronne. Nous sommes en attente de la délivrance, imminente, du permis, et nous avons l'intention de débuter les travaux très prochainement. La bande de circulation réservée aux bus et aux vélos permettra d'améliorer la circulation locale.

A la fin de cette législature, tout sera prêt pour atteindre l'objectif d'aménagement de 40% de sites propres pour les bus.

Mme Delforge, le service de régulation de la STIB dispose de suffisamment de personnel pour assurer un service de qualité.

Le voyageur souhaite en effet être transporté le plus rapidement possible de son arrêt de départ vers son arrêt d'arrivée. Le régulateur doit donc veiller à ce que des bus desservent de façon régulière tous les arrêts de la ligne, et ce dans les deux sens.

Malheureusement, nous disposons d'un nombre limité de bus et, dans les conditions précitées, le défi est réel. Lorsqu'un sens de circulation est trop longtemps bloqué, les régulateurs doivent prendre la décision de limiter les trajets d'un certain nombre de bus, afin de réalimenter l'autre sens, où des clients attendent aux arrêts. J'estime comme vous que c'est loin d'être idéal, et que ce n'est pas compréhensible pour beaucoup de voyageurs, d'autant que l'information ne leur est pas toujours communiquée.

Mme Céline Delforge.- Certains chauffeurs ne savent pas si leur bus effectuera l'entièreté du trajet et n'en sont informés qu'au dernier moment.

M. Pascal Smet, ministre.- Quand on décide de couper ou d'arrêter une ligne, le chauffeur est au courant et il peut en expliquer les raisons. Nous sommes d'accord. J'ai déjà signalé à la STIB, et je vais le faire à nouveau, que les chauffeurs doivent alors expliquer la situation aux utilisateurs. Mais même avec l'explication, ce n'est pas idéal. Dans la mesure où, sur le terrain, le trafic se densifie hélas énormément, c'est parfois la seule mesure que la STIB peut actuellement prendre pour assurer une certaine régularité sur toutes les lignes.

En ce qui concerne la nouvelle offre sur la ligne 71, elle fait suite à une étude approfondie du flux de la clientèle. La STIB a constaté que l'offre entre la Porte de Namur et l'ULB devenait insuffisante alors que les charges de voyageurs en bout de ligne étaient moins importantes. Le nouveau type d'exploitation permet à la STIB d'augmenter l'offre de 20% aux heures de pointe entre Ducale et l'ULB, et ceci à coût constant.

Au niveau du dispositif d'information en temps réel, il y a les SMS et le site web, mais quand on est dans le bus, ça ne sert à rien. Téléphoner ne sert à rien non plus.

Mme Céline Delforge.- La seule fois où j'ai téléphoné c'était un jour de grève, pour savoir si un bus allait arriver. Ils ont été incapables de me le dire.

M. Pascal Smet, ministre.- Vous avez pris une journée particulière. Heureusement, la STIB ne fait grève que tous les quatre ans. Je suis d'accord que téléphoner ou envoyer un SMS n'est pas idéal. C'est le chauffeur qui doit expliquer la situation aux voyageurs. Je suis entièrement d'accord sur ce point.

En ce qui concerne la taille des bus, vous savez que nous sommes confrontés à une croissance exponentielle de la fréquentation du réseau de la STIB. J'en ai déjà parlé à plusieurs reprises. Afin de satisfaire cette demande croissante, il est nécessaire de mettre sur le réseau des véhicules offrant toujours plus de capacité. Ainsi, depuis quelques mois, les lignes 63, 71 et 95 roulent en permanence avec des bus articulés. La STIB vient de décider d'acquérir des bus articulés supplémentaires afin d'équiper d'autres lignes très chargées, comme par exemple la ligne 66. J'ai déjà évoqué ces points en commission.

Les lignes 71 et 95 seront probablement tramifiées à l'avenir, puisque c'est la seule réponse adéquate. Nous verrons cela avec la commune.

La commune comprendra alors que la seule manière d'assurer une offre décente pour les Ixellois passe par la tramification des lignes 71 et 95.

Enfin, pour ce qui est de l'équipement des carrefours régionaux de systèmes permettant leur télécommande par les véhicules de transport public, le marché est en cours d'exécution et je peux vous annoncer que l'ensemble des carrefours de la ligne 23 sera équipé pour la fin de cette année.

Entre octobre 2008 et décembre 2009, 146 carrefours seront équipés de ce système à raison d'une moyenne de 10 carrefours par mois. Sont concernées les lignes de bus 49, 63 et 71 et les lignes de tram 23, 25, 4 et 94. Il va de soi que, parallèlement, les véhicules de la STIB qui empruntent ces lignes seront équipés du matériel de télécommande nécessaire. Après décembre 2008, tous les autres carrefours régionaux seront équipés du système de télécommande.

Mme Céline Delforge.- Le problème de fond est la prévisibilité.

M. Pascal Smet, ministre.- Je suis d'accord avec vous.

Mme Céline Delforge.- La seule alternative dans ces conditions est la marche, ce qui n'est pas toujours possible. Vous évoquez la question des travaux avenue de la Couronne, dont les riverains sont demandeurs pour remédier à l'important problème de pollution sur cette avenue.

Malgré l'avis négatif de la commune, y aura-t-il bien un site propre comme les riverains l'ont demandé ? On sait que les commerçants dépendent beaucoup des arrêts de bus qui se trouvent sur l'avenue.

M. Pascal Smet, ministre.- Je confirme tout à fait.

Mme Céline Delforge.- Concernant les régulateurs, la préoccupation demeure. Je maintiens que la régulation n'est pas optimale. Quand des régulateurs se plaignent de travailler en souseffectif, on peut mettre cette plainte en lien avec la situation sur le terrain. Il conviendrait d'investiguer à ce sujet.

Enfin, la STIB est un service public. Axer uniquement le service sur les plus gros flux de voyageurs commence à poser problème en termes d'accessibilité de certaines zones. Quand on coupe toutes les lignes à la petite ceinture et qu'on ne relie plus le haut et le bas de la ville sous prétexte que la plupart des voyageurs s'arrêtent sur la ligne de métro 2, il faut en conclure que le service public n'est plus rendu aux autres usagers.

4 commentaires à Bus englués dans le trafic automobile; comment limiter les dégâts?

03 01 2010
moiettoi :

faut appeler un chat un chat comme ca y aura plus de probleme

09 02 2010
marionette :

pour dire la vertie jai toujours voulu ca moi aussi

09 02 2010
faofao :

il sait tres bien sexprimer tout en restant bref!!!!!

09 02 2010
briwa :

ca donne trop de possibilte ca

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