mar 18 mar 2008
La musique pour adoucir les mœurs ou pour chasser les jeunes?
18 03 2008Un article de presse révèle que la STIB envisage de diffuser de la musique classique en soirée dans les stations de métro afin de faire fuir les jeunes. La « chasse aux jeunes » est-elle ouverte ? Une question d’actualité à Pascal Smet en séance plénière du vendredi 13 juillet 2007
Mme Céline Delforge.- Je n'ai rien contre la musique classique, M. le ministre, mais nous avons pu lire dans la presse que la STIB s'apprêtait à diffuser de la musique classique en soirée, afin de faire fuir les jeunes indésirables qui se promèneraient et traîneraient en bandes dans les stations. La disparition de ces dangereuses bandes ferait diminuer le sentiment d'insécurité. A aucun moment, il n'a été question de bandes commettant des infractions et agressant les gens.
Ceci pose plusieurs questions. Tout d'abord, celle du message qui rend antagonistes les jeunes et la musique classique. Cela reste à voir. Ensuite, on mène une politique ciblée qui vise à faire déguerpir un pan existant de la population. Les jeunes se baladent à plusieurs, c'est normal et je pense que cela ne s'arrêtera pas. Ils iront toujours au cinéma en bandes et en transports en commun. On essaie de cacher ces jeunes qui créeraient un sentiment d'insécurité.
Je ne doute pas que certaines personnes se sentent insécurisées dès qu'elles voient plus de deux ou trois jeunes ensemble. Mais quand une entreprise publique tient le discours qui consiste à dire qu'elle non plus, elle n'aime pas tellement en voir dans ses stations, elle renforce le discours qui énonce que "les jeunes à plusieurs sont dangereux".
On entre vraiment dans le domaine de la prédiction créatrice. Les gens se sentent en insécurité face à des jeunes très pacifiques, puisque je n'ai pas ici entendu parler une seule fois de jeunes commettant des infractions, mais uniquement de jeunes qui ont le malheur d'être à plusieurs.
Cela renforce le sentiment d'insécurité de ces gens qui finissent par se dire que si la STIB le dit, c'est que c'est vrai et qu'ils ont raison de se sentir insécurisés.
D'autre part, je crains fort que ces jeunes, se sentant visés par une STIB qui se poserait comme leur ennemie, finissent par adopter des comportements préjudiciables à la STIB. Je pense au petit vandalisme. Entre-temps, j'ai lu le rectificatif de la STIB. Cependant, il n'y a pas de fumée sans feu. Et tout le monde s'était félicité de la nouvelle musique diffusée depuis quelques années dans les rames et les stations ; elle est vraiment agréable, on voit des gens taper du pied. Tout le monde a l'air content.
Si j'ai bien compris, une société privée, voyant là un gros marché, a démarché la STIB. Ne me faites pas croire que ses représentants ont usé de termes aussi diplomates que ceux que la STIB a choisis dans son démenti. On sait que ces sociétés-là vendent du "chassage de jeunes". Je crois qu'il y a là un problème, M. le ministre, et je n'aimerais vraiment pas voir la STIB adopter ce genre de comportement.
M. le président.- La parole est à M. Smet, ministre, sur les vertus apaisantes de Mozart, Vivaldi et Beethoven.
M. Pascal Smet, ministre.- J'aime cette musique de temps en temps, pas toujours. Je comprends et partage totalement l'étonnement de Mme Delforge quant à la manière dont ce projet a été repris dans les médias cette semaine.
En effet, pour la STIB, il n'est absolument pas question de diffuser de la musique classique dans le métro dans le but de faire fuir les jeunes, qui constituent d'ailleurs une part importante de la clientèle.
L'information diffusée dans la presse ces derniers jours serait partie d'une discussion informelle entre un journaliste et un membre du personnel de la STIB, qui a raté une occasion de se taire. Une mise au point officielle du porte-parole de la STIB a donc été diffusée hier soir, afin de dissiper tout malentendu. Je me trouvais également à cette conférence de presse et, à aucun moment, il n'a été question de cette musique. J'ai donc été étonné à la lecture de ces rumeurs.
Un autre projet s'inscrit dans un contexte plus large d'amélioration de l'atmosphère dans les stations, qui englobe également une présence humaine renforcée et l'amélioration de la propreté. Dans cette optique, la STIB a renoncé à l'ancienne "musique de supermarché" qui était autrefois diffusée dans les stations de métro. Dans le souci de favoriser une cohabitation harmonieuse et de créer une ambiance conviviale et sécurisante pour tous ses clients, la STIB envisage de tester une programmation musicale adaptée aux différents moments de la journée. À mon sens, cet incident n'est qu'une tempête dans un verre d'eau.
M. le président.- La parole est à Mme Delforge.
Mme Céline Delforge.- Je ne suis pas particulièrement rassurée par les articles lus dans les journaux. On y lit que ce ne sont pas les jeunes que l'on veut chasser, mais les gens qui viendraient se réfugier dans les stations en cas de pluie. Je comprends donc que l'on parle des clochards. Je n'aime pas voir les clochards, non du fait qu'ils soient clochards, mais parce qu'ils représentent un échec de notre société. Personne n'aime voir des clochards ; ils sont insécurisants et nous rappellent à tous que nous pouvons finir comme eux.
Cela me fait très peur et j'ai l'impression que cette volonté subite de vouloir différencier les ambiances musicales en fonction des heures nous distrait du débat qui tourne autour de ce qui se passe sur le réseau.
Si mes souvenirs sont bons, nous sommes passés à une musique un peu plus agréable et de meilleure qualité que l'ambiance de supermarché à la suite d'une erreur qui a suscité l'enthousiasme de bien des voyageurs. La majorité des gens est plutôt satisfaite. Est-ce donc une priorité de la STIB d'émettre des musiques différenciées ? J'ai peine à ne pas y voir d'arrière-pensée, surtout à lire le discours du porte-parole de la STIB dans la presse. Je pense que l'on cherche vraiment à évacuer une catégorie de personnes des stations de métro.