mar 18 mar 2008
Première phase du Plan Tram-Bus: Corrections en vue?
18 03 2008La première grande phase du Plan Tram-Bus de la STIB est effective depuis le 2 juillet 2007, amenant de grands changements. Un premier bilan intermédiaire permet de souligner plusieurs carences et points négatifs (ruptures de charge, régularité des lignes, surcharges, etc.). Comment la STIB et le ministre de tutelle évaluent-ils cette première phase ? Es-ce que des aménagement correctifs sont envisagés ou envisageables ? Une interpellation à Pascal Smet en commission de l’infrastructure du mercredi 10 octobre 2007
Mme Céline Delforge.- M. le ministre, je vais essayer de ne pas tomber dans une discussion de conseil communal, mais de m'attacher aux aspects plus globaux du plan tram-bus.
Comme on l'a déjà fait remarquer, le 2 juillet démarrait la première grande phase de mise en oeuvre du Plan trams-bus de la STIB. Ce plan, il faut bien l'admettre, a fait l'objet d'une consultation de l'ensemble des communes et de notre parlement. Ce dernier a d'ailleurs longuement travaillé sur le sujet. Chacun a eu l'occasion de faire part de ses remarques en son temps.
Cependant, seule l'application sur le terrain d'un tel plan permet d'en montrer les points forts et les faiblesses. Il est impossible de créer sur papier quelque chose dont la mise en oeuvre serait parfaite. Il y a évidemment des usagers parfaitement satisfaits du service désormais rendu par la STIB, et qui bénéficient même d'une amélioration de leur mobilité en transports en commun. D'autres, par contre, doivent déplorer une dégradation du service dont ils bénéficient.
Après plus d'un mois de vrai test après la fin de vacances, il me semble utile de tirer un premier bilan des modifications qui sont survenues. Les changements survenus le 2 juillet font partie d'un plan plus vaste. On sait déjà que de nouveaux changements surviendront avec la suite du plan. Le plan du nouveau réseau a une vision à long terme - ce qui est plutôt positif -, mais il intègre, notamment, les haltes du futur RER dont on sait qu'il ne sera pas opérationnel avant plusieurs années. Il est difficile de demander aux usagers actuels de la STIB de patienter autant de temps avant de récupérer une desserte correcte.
S'il est absurde de jeter le bébé avec l'eau du bain, il le serait tout autant de ne pas prendre en considération les critiques des usagers de certaines lignes ou de certains trajets quand ces critiques sont nombreuses et vraisemblablement fondées. On risquerait sinon de garder des clients captifs mais mécontents et surtout de perdre tout simplement ceux qui gagneraient finalement à reprendre leur voiture individuelle.
Il me semble important d'intervenir sur ce sujet et d'en rediscuter dans notre parlement puisque le plan-tram-bus s'inscrit dans le cadre du contrat de gestion, lequel est éminemment politique. A l'instar de mon collègue, M. Madrane, je déplore que le contrat de gestion n'ait jamais pu être discuté ou évoqué préalablement à sa conclusion au parlement, mais c'est un autre débat. Ce n'est pas qu'une affaire d'ingénieurs et de plans tracés sur papier !
Sans vouloir tomber dans les détails, je vais mettre en évidence quelques points faibles ou forts. La question des correspondances a déjà fait l'objet de nombreux débats à l'époque de la discussion du plan. Concernant les correspondances, sur papier, on pouvait dire que les temps de parcours ne se dégradaient pas. On constate toutefois, dans pas mal de cas, qu'il y a des problèmes. Ceux-ci sont parfois de simples problèmes de coordination. Il n'y parfois pas d'arrêt commun pour des lignes qui passent par le même endroit, ce qui oblige l'usager à marcher d'un coin à l'autre d'un carrefour pour attraper un bus ou un tram. Parfois, il y a aussi un manque de coordination dans certaines correspondances. Ainsi, pour respecter les horaires, il arrive qu'un bus ou un tram n'en attende pas un autre. C'est frustrant pour l'usager qui voit partir sous son nez le bus ou le tram qu'il devait prendre et qui perd ainsi parfois 15 ou 20 minutes. Il y a aussi des problèmes quand on doit prendre une correspondance sur de mauvaises lignes en termes de fréquences et/ou de régularité, ce qui peut allonger le temps de trajet d'une demi-heure. C'est très difficile à planifier pour les usagers.
Je peux citer l'exemple de la rue couverte. Certains endroits ne sont pas des plus agréables pour attendre une correspondance. Aux heures de pointe, cela peut devenir très pénible : il y a un problème de propreté, un monde fou attend au même endroit.
Si l'on vient du réseau souterrain, le trajet à parcourir d'une ligne à l'autre n'est pas négligeable. Il ne faut pas oublier la question des fréquences. Tout le monde s'est focalisé sur les itinéraires, mais les fréquences ont été peu évoquées. Certaines diminutions peuvent pénaliser des personnes qui font autre chose qu'un trajet domicile-lieu de travail. Les derniers passages sont même parfois avancés. Certes, il y a le Noctis, mais il ne circule pas toute la semaine. De même, les premiers passages sont parfois reculés, ce qui peut causer des difficultés aux personnes dont le travail commence très tôt le matin.
Enfin, les lignes de soirée sont difficilement compréhensibles pour le voyageur occasionnel. Sans tomber dans le sous-localisme, certains endroits à Bruxelles connaissent de sérieux problèmes. Je peux citer Forest et Uccle, notamment pour les personnes ayant des activités à cheval sur les deux communes. Parfois, il faut constater deux à trois ruptures de charge pour des trajets relativement simples. Nous ne pouvons pas laisser les gens dans de telles situations.
Se pose aussi la question du blocage par certaines communes. Certes, la STIB ne va pas octroyer de prime aux communes qui font preuve de mauvaise volonté dans l'aménagement de certains tronçons, mais nous ne pouvons pas piéger les voyageurs qui passent par ces communes, sans d'ailleurs nécessairement y voter. Ils subissent les mesures de rétorsion de la STIB envers des pouvoirs locaux pas toujours très progressistes dans le domaine de la mobilité.
Il me faut aussi mentionner le problème des lignes qui ont été scindées. Sur le papier, cela paraissait évident : plus courte est une ligne, moins elle prendra de retard. Toutefois, sur le terrain, si je prends le cas du 81, je constate qu'il n'y a pas du tout d'amélioration. De plus, cette ligne n'annonce pas la durée d'attente. C'est très embêtant pour les passagers qui doivent planifier leur trajet. Bien que je ne prenne pas souvent le 54, j'entends pas mal de gens se plaindre de la scission de l'itinéraire, qui n'a pas diminué les retards, ni permis d'améliorer le manque de places. Certaines lignes souffrent aussi d'un problème de capacité. Les gens qui utilisent le tram 92 subissent les conséquences de la suppression du 91, de sorte qu'ils doivent parfois laisser passer un tram, tant il est bondé, pour attendre le suivant. De plus, les passages de cette ligne sont extrêmement rares le week-end. Je pourrais citer d'autres exemples.
La STIB et vous-même avez-vous déjà tiré un bilan en termes de rupture de charge, de régularité des lignes modifiées, de surcharge de lignes conservées à l'identique ? Une consultation des acteurs de terrain - voyageurs, chauffeurs - a-t-elle été envisagée ? La STIB et vous-même êtes-vous prêts à apporter des aménagements aux voies et moyens pour remédier aux points faibles du réseau ?
Enfin, j'ai dit en début d'interpellation que cette commission avait consacré beaucoup de temps à travailler sur le plan tram-bus. Il me semblerait utile qu'avant la mise en oeuvre de la deuxième phase du plan, nous puissions consacrer au moins une séance à étudier les points faibles...
M. le président.- Avant la deuxième phase ?
Mme Céline Delforge.- Oui, cela me semblerait utile.
M. le président.- Je propose de laisser encore s'écouler quelques mois.
Mme Céline Delforge.- Il est bon que nous nous mettions d'accord sur le principe pour que nous puissions examiner les points faibles qui n'étaient pas identifiés.
M. le président.- La parole est à M. Smet.
M. Pascal Smet, ministre.- La STIB me fournira dans quelques semaines un bilan et une évaluation approfondie menée sur la base des témoignages des clients et des chauffeurs. Je propose que nous discutions sur la base de celle-ci. Je rappelle que l'exécution du plan tram-bus se déroule en plusieurs phases. Certaines situations actuelles qui ne sont peut-être pas optimales et sont donc temporaires.
Nous pourrons y remédier dans le cadre de la prochaine phase prévue en juillet 2008. Fin 2008, sur la base de l'évaluation de la phase finale, nous pourrons alors prendre des décisions.
M. le président.- Cette méthode me semble la bonne.
Mme Céline Delforge.- Il est en effet souhaitable de mener des débats sur la base des résultats de l'évaluation de la STIB. Bien qu'une série de choses seront mises en oeuvre dans les phases suivantes du plan, certains problèmes prévisibles ne seront pas pour autant résolus ou le seront seulement à long terme. Je pense notamment à la problématique des haltes RER. Il importe que la commission, laquelle a déjà consacré beaucoup de temps et d'énergie à ce dossier, et dont les membres sont au courant, puisse suivre son évolution et émettre un avis.
(…)
M. Pascal Smet, ministre.- Comme différents membres l'ont souligné, il est bien entendu un peu prématuré pour tirer des conclusions. Quelques semaines après la rentrée scolaire, la tendance ne semble pas indiquer une désertion massive du réseau STIB par ses clients ; bien au contraire, puisque certaines lignes connaissent une fréquentation en hausse importante.
Les statistiques de ponctualité de la STIB font apparaître que la situation s'est améliorée sur la plupart des lignes restructurées. C'est très perceptible sur la ligne 54, reliant Forest à la place du Luxembourg. En revanche, certaines lignes restent problématiques, comme la ligne 64 (Porte Namur-Machelen), mais les perturbations sont causées par des déviations liées à des chantiers situés en différents endroits de la ligne.
La ligne 88 (Heysel-Machtens), quant à elle, souffre de sa longueur en raison de l'impossibilité de trouver un terminus dans le centre-ville. Nous ne possédons pas encore d'éléments permettant de mesurer si le temps de parcours a pu être diminué. Je vous rappelle que le nouveau réseau constitue un tout et que l'arrivée de nouveaux véhicules et la mise en service de nouvelles infrastructures à des dates différentes a obligé la STIB à opérer les modifications du réseau par phases successives faute de pouvoir les réaliser en une seule fois.
C'est ainsi que l'axe nord-sud se trouvera, pour quelques mois encore, dans une situation intermédiaire où la ligne 4 cohabitera avec d'autres lignes. La situation actuelle n'est pas comparable à celle qui prévaudra en 2008.
Si, sans surprise, des clients de la STIB se sont manifestés pour déplorer certaines correspondances, il apparaît que quelques changements, comme le rabattement de la ligne 43 sur la ligne 4 pour aller de Homborch jusqu'au centre-ville ou l'articulation entre l'axe tramway de la grande ceinture et la nouvelle ligne 79 à Evere à l'est de Bruxelles emportent la faveur des clients. Cela prouve le bien-fondé de ces modifications.
Il est logique que, dans un contexte de restructuration, les mécontents s'expriment et que les gens satisfaits se taisent. Je ne dis pas cela dans le but de nier les problèmes éventuels. La STIB me fera parvenir prochainement un rapport détaillé contenant le bilan des réactions de la clientèle et du personnel de conduite et d'encadrement, au sujet des modifications du réseau de juillet et septembre. C'est sur la base de ces conclusions qu'il faudra examiner les éventuelles mesures correctrices à apporter.
A ce stade, je suis d'accord avec l'analyse de M. Grimberghs. Certains problèmes seront résolus avec la phase finale du plan tram-bus. Peut-être y aura-t-il d'autres mesures correctrices à prendre. Je n'y suis pas opposé et je rappelle que j'ai déclaré en commission que le plan tram-bus est réversible.
Rien n'est définitif. La modélisation est une chose ; la pratique et le comportement des usagers en sont une autre. Il nous faudra alors faire preuve de flexibilité pour procéder à des adaptations, en tenant compte des conséquences budgétaires.
En décembre, un premier débat sera organisé ici sur base du rapport de la STIB, en deux phases. Les explications de la STIB seront suivies d'unediscussion en commission et d'un débat au gouvernement. On le fera de nouveau fin 2008 pour la phase de juillet 2008.
M. le président.- Tout le monde est d'accord sur cette procédure ? Nous la retenons.
M. Pascal Smet, ministre.- Concernant les vibrations occasionnées par les T3000 et T4000, la STIB et moi-même ne sommes pas au courant. Au contraire, les malentendants se plaignent que les trams sont trop silencieux. Je sais que le bruit et les vibrations sont deux choses différentes, mais ce sont les seules plaintes que nous avons reçues.
M. le président.- En matière de vibrations, c'est toujours mieux que les T2000, Monsieur Grimberghs.
M. Denis Grimberghs.- Incontestablement. En matière de bruit également.
M. Pascal Smet, ministre.- Ensuite, le point noir rue Gallait, chaussée d'Helmet, pose clairement problème. Si l'on peut trouver une mesure volontariste avec la commune de Schaerbeek et si l'on peut garantir une régularité, on pourrait alors envisager de fusionner le tracé avec la ligne 3 pour supprimer la rupture de charge à la gare du Nord. Mais la régularité du tram est la condition sine qua non.
Pour le reste, je crois qu'il n'y a plus d'aménagements à faire pour le tram 3000, sauf pour les arrêts, C'est surtout pour le tram 4000 que des questions se posent. Pour le passage, il n'y a plus d'aménagements à faire.
M. Rachid Madrane.- Qu'en est-il d'une consultation des communes ?
M. Pascal Smet, ministre.- J'ai fait le tour de toutes les communes et le plan tram-bus a été abordé dans ce cadre. Nous avons recueilli leurs remarques. En outre, les communes qui constatent des problèmes nous les communiquent d'office, à la STIB et à moi. Nous en tenons compte dans l'analyse.
Je suis très régionaliste mais en même temps, selon certaines communes, je travaille mieux avec l'ensemble des communes. Je les consulte très régulièrement. M. Draps peut en témoigner.
M. Rachid Madrane.- C'est dans le cadre de l'évaluation que je parlais d'une consultation des communes, puisque tout le monde est d'avis qu'il faut une évaluation en décembre.
M. Pascal Smet, ministre.- Les communes me communiquent leurs remarques. C'est la procédure que nous avons convenue.
M. le président.- La parole est à Mme Delforge.
Mme Céline Delforge.- Je remercie M. le ministre pour sa volonté de venir évaluer avec nous la mise en oeuvre du nouveau plan. Apparemment, des adaptations seront possibles. C'est une excellente nouvelle.
Vous n'avez pas répondu à ma question relative au jeu qu'il y a entre la STIB et certaines communes récalcitrantes qui se fait au détriment des usagers.
M. Pascal Smet, ministre.- Vous vous souvenez qu'au début j'étais très critique à l'égard des communes. Ces trois dernières années, j'ai constaté un changement de mentalité, il y a une évolution positive. Il y a un grand pas à faire à Schaerbeek, rue Gallait où se trouve un important point noir. Il y a un deuxième point noir à Uccle, chaussée de Waterloo, entre l'avenue Churchill et l'avenue Legrand, mais il sera prochainement résolu. Le gouvernement a décidé d'y mettre le tram en site propre. Cela avance aussi en ce qui concerne la rue Gallait.
Mme Céline Delforge.- J'insiste pour que, dans l'évaluation, on soit attentif aux questions de fréquence, et pas uniquement à celles de tracé du parcours.
M. Pascal Smet, ministre.- D'accord, mais les fréquences ont un coût. On a prévu davantage de moyens.
Mme Céline Delforge.- Nous pourrons discuter des aspects budgétaires à cette occasion mais j'aimerais bien que ce soit pris en compte.
M. Pascal Smet, ministre.- Nous sommes actuellement en train d'augmenter la fréquence de certaines lignes.