mar 18 mar 2008

De nouveaux réseaux routiers autour de Bruxelles; info ou intox?

18 03 2008

La presse a fait écho de projets de construction routière autour de Bruxelles, en Région flamande. Des projets pharaoniques inspirés par le lobby routier et qui défigureraient une fois de plus l’espace urbain. Info ou intox ? Une question d’actualité à Pascal Smet en séance plénière du vendredi 13 juillet 2007

Mme Céline Delforge.- C'est avec le même effroi que mes collègues que j'ai découvert ce matin les pages du "Soir" relatives à ces projets pharaoniques d'augmentation de la capacité routière dans et autour de Bruxelles. Les projets évoqués se situent aussi bien en Région flamande, où ils ont l'air assez aboutis, qu'en Région bruxelloise, avec la construction d'un tunnel qui relierait Forest à Auderghem. Ces projets semblent répondre à une forte volonté du lobby routier, qui a évidemment besoin de marchés pour vivre, et pour vivre bien.

Je m'inquiète vraiment de voir l'état d'avancement en Flandre. Où a eu lieu la concertation ? Comme M. Draps, je voudrais savoir si une étude d'incidence a été effectuée. Vraisemblablement non. Et si oui, quels en sont les résultats ?

A l'heure où l'on parle du Protocole de Kyoto, comment des pouvoirs publics responsables peuvent-ils encore prévoir l'augmentation de la capacité routière ? Il faut accorder la priorité au transport en commun et, si la demande de mobilité est trop forte, il faut parler de celle-ci et voircomment il est possible d'agir sur elle.

C'est vraiment inquiétant, M. le ministre. Quels ont été vos contacts avec la Région flamande? Y a-t-il eu une étude d'incidence? Qu'en est-il de ce tunnel en Région bruxelloise, qui défigurerait bel et bien notre Région, avec toute une série de trémies d'entrée et de sortie ? Il favoriserait évidemment les déplacements en voiture.

M. le président.- La parole est à M. Smet.

M. Pascal Smet, ministre.- Je peux comprendre votre étonnement. Je l'ai ressenti également lorsque j'ai lu "Le Soir" ce matin, après avoir été appelé par un journaliste qui voulait savoir ce qui se passait. Je trouve que c'est un drôle d'article, qui part de mauvaises prémices.

Comme le dit M. Gosuin, ce sont des idées des années 60. Toutes les expériences en Belgique et dans le monde ont montré que de nouvelles routes entraînent une augmentation du nombre de voitures, et donc des embouteillages. Penser que la solution à nos problèmes de mobilité se trouve dans la construction de nouvelles routes, ce sont donc de mauvaises prémices. Le ton de l'article n'est pas bon !

Ensuite, le problème de mobilité est plus important au nord de Bruxelles qu'au sud, notamment sur le Ring. Enfin, il existe des accords de coopération de principe, entre autres celui de 1991, qui règlent ce genre d'affaires.

L'article fait une sorte d'amalgame entre d'anciennes idées qui reviennent de temps à autre. Il les présente comme de futures réalités. Quelles vérités comporte-t-il? Le dédoublement entre l'A12 et l'E19, et l'A12 et l'E40 dans le cadre du projet START. La Région flamande nourrit effectivement ce projet et la Région bruxelloise n'y oppose pas un refus de principe pour certains tronçons, à deux conditions :

- que les sorties 8 et 9 du Ring ne soient pas fermées ; - que le dédoublement, qui entend accentuer la fonction de distribution du trafic autour de Bruxelles, ne s'accompagne pas d'un dédoublement des autoroutes d'accès E40 et E19. Il doit se limiter au Ring. Cela a en effet un sens d'aménager l'accessibilité de l'aéroport, aussi bien pour laFlandre que pour Bruxelles.

Par ailleurs, le gouvernement bruxellois nie une fois de plus l'existence d'un projet de péage dans notre Région. Si le journaliste qui a écrit l'article est présent, je le lui dis clairement: il n'y a ni projet caché, ni public, ni souhaité, ni rêvé.

Le Ring Sud est un monstre du Loch Ness qui resurgit de temps en temps, et qui reviendra encore durant les trente années à venir dans l'esprit des couleurs de béton, puisque ce tunnel ne sera pas construit dans trente ans. Tous les calculs montrent que l'effet de ce tunnel serait très limité sur les problèmes de mobilité. Le grand problème de ce tunnel est son financement.

Un consortium privé prétend qu'il le financera, mais un jour ou l'autre, il faut toujours que l'autorité publique intervienne pour assurer sa rentabilité.

Je souligne également aujourd'hui que la ministre flamande a clairement dit qu'il n'était pas question de Ring Sud ou de péage autour de Bruxelles.

Le comble, c'est l'histoire de l'hyper-Ring en Flandre! Il s'agit du territoire de la Région flamande et nous ne sommes pas censés nous prononcer à ce propos. Mais je connais tout de même un peu la Flandre et son réseau très dense, comprenant beaucoup d'autoroutes. La ministre flamande a clairement dit aujourd'hui qu'il n'était pas question de construire un autre Ring sur le territoire de la Flandre, ni sous cette forme, ni sous une autre.

Je constate donc que la Région flamande a nié formellement. Je nie aussi formellement trois des quatre points. Il reste le dédoublement local du Ring. Il a un sens et c'est la raison pour laquelle nous ne nous y opposons pas, moyennant les deux conditions que je viens d'énoncer. Tout le reste appartient au royaume des fantasmes.

(…)

M. le président.- La parole est à Mme Delforge.

Mme Céline Delforge.- Comme le dit M. Draps, le dédoublement du Ring est absurde : on aboutira à une augmentation du nombre de voitures dans Bruxelles, mais qui resteront bloquées. On connaît l'impact de la pollution automobile sur la santé des gens: de la réduction du poids des nouveau-nés à 1.000 décès annuels en Belgique ou à une diminution de l'intelligence des enfants, selon des études d'incidence récentes qu'il serait inconcevable de négliger. La question de l'accessibilité de l'aéroport : à la rentrée, il sera temps d'interpeller le ministre à ce sujet. Il apparaît que se met en place une importante opération de séduction des entreprises pour les pousser à se délocaliser vers Zaventem, entre autres avec le concours des transports en commun bruxellois pour améliorer l'accessibilité à l'aéroport.

Le tunnel à Bruxelles: si le seul problème en est le financement, voilà qui porte à s'en inquiéter. Ce tunnel, même gratuit, ne serait pas souhaitable. Enfin, tout cela souligne l'urgence d'obtenir enfin le plan Iris II, que mon collègue Yaron Pesztat réclame à cor et à cris depuis le début de la législature. Sans doute est-il temps que les trois Régions se concertent afin de mettre au point une stratégie de mobilité plus intelligente, plus globale et plus respectueuse des objectifs de Kyoto.

M. le président.- La parole est à M. Smet.

M. Pascal Smet, ministre.- Ces points ont été discutés dans le cadre des accords de principe et accords de collaboration prévus. En commission de l'Infrastructure, j'ai souvent été interpellé, dont deux fois par M. Riguelle: nous avons débattu alors de toute la problématique, ce qui peut être répété en octobre afin d'établir l'état de la situation. J'ajouterai encore que la ministre flamande a nié toute expropriation en cours. Evidemment, toutes les dispositions légales doivent être également respectées par la Flandre.

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