mar 18 mar 2008

Des heures de parking gratuits pour faire les courses ? Et pourquoi pas des tickets STIB ?

18 03 2008

Parmi les mesures envisagées par le gouvernement bruxellois pour redynamiser les noyaux commerciaux du centre ville figure l’offre d’heures de parking gratuites. Une mesure un peu contradictoire avec d’autres mesures prévues et nécessaires pour promotionner et développer les transports en commun et les modes de transports « doux ». Une question orale à Benoît Cerehxe en commission des affaires économiques du 12 octobre 2005.

Mme Céline Delforge.- A la fin du mois d’août, la presse a annoncé que, parmi les mesures que vous envisagez pour redynamiser les noyaux commerciaux, on retrouvait entre autres l’offre d’une heure de parking gratuite pour ceux qui viennent faire leurs achats dans le centre ville.

Or, le Plan régional de développement (PRD) prévoit, au niveau de l’accessibilité des quartiers commerçants, de s’attacher plus particulièrement aux questions du déplacement des piétons et des cyclistes. Par ailleurs, ce même plan prévoit également de réduire le trafic automobile au bénéfice d’autres moyens de transport et, par conséquent, de favoriser l’usage de ces derniers.

Enfin, au niveau de l’accord de gouvernement de cette législature, il est aussi question d’augmenter l’attractivité des transports en commun et la promotion des modes de déplacements doux.

Il y a quelques mois, à l’occasion de l’ouverture du magasin Ikea à Anderlecht, je vous interrogeais au sujet d’une très grande collaboration et publicité pour l’utilisation des transports en commun, avec la distribution de tickets gratuits de la STIB.

M. Benoît Cerexhe, ministre.- Chaque membre du personnel d’Ikea reçoit un vélo à disposition.

Mme Céline Delforge.- Vous m’aviez répondu que vous travailliez, avec votre collègue M. Pascal Smet, à la mise en place d’un système de pass, sans trop savoir ce que ce système recouvre exactement. Dès lors, je m’étonne quelque peu de l’annonce de la gratuité de la première heure de parking en centre ville pour redynamiser le commerce.

D’une part, de nombreux commerçants utilisent déjà cette pratique. Dès lors que les pouvoirs publics financent cette première heure, on assisterait surtout à un transfert de charges du privé vers le public, plus qu’à une plus-value.

D’autre part, la politique de stationnement nécessite une réflexion globale. Ici, on parle du centre ville. Or, la Ville de Bruxelles possède un plan de mobilité et de stationnement. Il est important de voir comment travailler à cet égard, d’autant qu’on parle de commerces du centre ville, lesquels vendent principalement des vêtements, des disques, plutôt que des frigos. Il existe donc un potentiel de réduction des déplacements en voiture.

Cette mesure de gratuité de la première heure dans les parkings du centre ville est-elle compatible avec une politique régionale de mobilité ? Y a-t-il eu concertation avec votre collègue de la Mobilité ? La Ville de Bruxelles a-t-elle été consultée à cet effet ?

M. Benoît Cerexhe, ministre.- Le secteur du commerce et de l’horeca constitue une activité économique essentielle et un atout important en termes d’emploi. Ce secteur occupe plus de cent mille travailleurs. Il représente plus de 15% de l’emploi bruxellois. Ce secteur est d’ailleurs un des trois secteurs prioritaires du Contrat gouvernemental pour l’économie et l’emploi.

Pour leur permettre de se développer, il est essentiel pour ces commerces d’attirer le maximum de chalands. Dois-je vous rappeler que se développent à l’extérieur de la Région des centres commerciaux flambant neufs avec infrastructures d’accueil et parkings de qualité, des centres commerciaux qui ont pour ambition de drainer vers eux une part de la clientèle des commerces bruxellois ?

Face à cette concurrence, deux attitudes sont possibles : soit se lamenter et pleurer le dynamisme des voisins, soit prendre le dossier par les cornes et tout mettre en oeuvre pour que la Région puisse offrir à ses habitants, mais aussi à une clientèle non bruxelloise une offre commerciale concurrentielle, de qualité et accessible. J’opte résolument pour la seconde.

Mme Delforge m’interroge sur l’idée émise d’assurer la gratuité du stationnement pour un temps déterminé aux automobilistes qui viendraient faire leurs achats dans la Région bruxelloise. Mon propos n’est pas d’assurer unplaidoyer pour l’usage accru de la voiture, mais de garantir un accueil de qualité à ceux qui choisissent de faire leurs achats à Bruxelles, quel que soit leur mode de locomotion. J’ai toujours été un fervent défenseur de l’équilibre des modes de transport. J’ai ainsi toujours plaidé pour la gratuité des transports en commun. Cet équilibre des modes de transport doit rendre notre Région plus conviviale, plus agréable à vivre. Cet équilibre n’en doit pas moins tenir aussi compte des différentes activités qui s’y développent, notamment économiques.

Il convient donc d’étudier, spécifiquement, les conditions d’accès des différents noyaux commerciaux, sans tabous, ni préjugés. Les artères commerçantes bruxelloises ne présentent pas toutes les mêmes caractéristiques en termes de mobilité.

Pour certains noyaux commerciaux, l’accessibilité se fait majoritairement par la voiture. Dans d’autres, le consommateur se déplace davantage à pied, à vélo ou en transports en commun.

Le centre ville, quant à lui, se caractérise par des noyaux commerciaux diversifiés, mais pour la plupart à vocation régionale et même internationale.

L’accessibilité physique des commerces par la voiture reste une nécessité pour la grande majorité des noyaux commerciaux. Dans ce cadre, une réflexion sur les politiques tarifaires en matière de stationnement doit être menée et ce, en pleine collaboration avec mon collègue de la Mobilité.

J’ai donc émis l’idée que la première heure de parking - en voirie comme en parking privé -pourrait être rendue gratuite, en partenariat avec les communes, les associations de commerçants et les propriétaires de parkings privés.

Plutôt que de décourager le client potentiel en frappant le véhicule d’une redevance onéreuse dès qu’il a quitté celui-ci, je préfère m’inscrire dans une démarche plus positive à l’égard de ceux qui font le choix de faire leurs achats en ville.

Par ailleurs, cette généralisation de la gratuité de la première heure - notamment dans les parkings privés sous-occupés - permettra de réduire considérablement les innombrables tours et détours que font aujourd’hui les automobilistes dans les quartiers avoisinant les noyaux commerciaux, lorsqu’ils sont à la recherche de places de stationnement en voirie, dans des quartiers où aucun tarif de stationnement n’est demandé.

Ce serait aussi une manière de réduire les nuisances pour les riverains et les habitants du quartier. L’ennemi n’est pas la voiture. Ce qu’il convient de combattre, c’est l’usage abusif de la voiture.

Par ailleurs, les politiques de promotion des transports autres que la voiture doivent elles aussi être développées. Il faut promouvoir des politiques d’accès des quartiers commerçants basées sur la plurimodalité (métro, bus, taxis, vélo, voiture,...).

La réflexion que je mène sur l’aménagement des tarifs en vue d’accroître l’attractivité de l’achat en ville ne se limite pas qu’à la seule question du stationnement. La gratuité des transports en commun fait partie des mêmes objectifs. Le remboursement des déplacements STIB en cas d’achats dans les quartiers commerçants de Bruxelles relève de la même philosophie.

Aujourd’hui, les commerçants remboursent dans certains cas l’emplacement de stationnement. Je voudrais arriver à ce qu’ils remboursent également le ticket STIB pour ceux qui font ce déplacement. C’est d’ailleurs une des propositions issues des ateliers du commerce qui se clôturent lundi prochain.

Vous me demandez si la Ville de Bruxelles a été consultée. L’ensemble des mesures en faveur du commerce développées lors de ces ateliers du commerce - qui ont réuni plus de mille intervenants - feront évidemment l’objet de concertations plus larges lorsque nous arriverons à la phase de mise en oeuvre de ces procédures, que ce soit avec la Ville de Bruxelles ou avec la STIB, pour la gratuité ou le remboursement.

Enfin, vous devez savoir qu’à côté de ces mesures, bien d’autres encore seront élaborées, visant à améliorer l’accessibilité des commerces et des pôles commerciaux, et notamment à favoriser le vélo.

Pour un commerce florissant, il faut des clients. Pour ce faire, il convient d’en organiser au mieux l’accès et ce, pour tous. Préconiser une solution unique présente peu d’opportunités. Pour ma part, je privilégie la concertation et une approche basée sur l’observation des réalités de terrain.

Mme Céline Delforge.- Votre réponse m’indique que les autres modes de transport sont également mis en exergue, et je m’en réjouis. Toutefois, je vous ferai remarquer que le parking d’un centre commercial de banlieue sera toujours plus accessible qu’un parking au centre de la ville.

Beaucoup d’automobilistes préfèrent recourir aux transports en commun pour faire leurs courses, le samedi, au centre de Bruxelles. Qu’il en soit encore ainsi, et ne les incitions pas indirectement, par la mise à disposition de parking gratuit, à réemprunter leur véhicule pour se rendre au centre-ville.

A l’égard des riverains des centres commerciaux, il convient de veiller au maintien d’un cadre de vie agréable, afin qu’ils continuent à faire leurs courses dans leur quartier.

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