ven 14 mar 2008
La publicité instrumentalise les usagers de la STIB
14 03 2008Plusieurs publicités placées sur les véhicules de la STIB utilisent sans vergogne les usagers des transports en commun comme faire-valoir, comme des figurant bon marché et bien entendu sans leur demander leur avis. Une forme d’instrumentalisation des personnes qui offre une image déplorable de la STIB. Une question orale à Pascal Smet en commission infrastructure du 12 décembre 2007
Mme Céline Delforge.- Dernièrement, deux publicités affichées sur les trams de la STIB se sont servies des voyageurs comme éléments intégrés de leur réclame. Dans le premier cas, il s'agissait d'une publicité pour la société Clear Channel - responsable de la vente d'espaces publicitaires sur le réseau de la STIB - vantant la pub sur les véhicules de la STIB comme un moyen efficace de promotion.
Concrètement, un énorme requin recouvrait tout le tram et les portes à ouverture latérale représentaient les mâchoires de l'animal. Chaque fois que des passagers montaient dans le tram, ils donnaient l'impression de se faire manger par le requin.
Autant dire que les usagers de la STIB représentent de la chair à pâté pour Clear Channel et ses annonceurs publicitaires !
La seconde publicité, invisible de l'intérieur du tram, mettait en scène le passager qui, en s'asseyant à une certaine place, se retrouvait au centre de l'attention de paparazzi affichés à l'extérieur du tram.
Ces deux publicités, qui utilisent à leur insu ou du moins sans leur consentement les voyageurs de la STIB, sont à tout le moins l'expression d'un manque de respect de l'image de l'usager de la STIB en général.
Vous avez souvent expliqué, à juste titre, qu'il fallait soigner l'apparence des véhicules de la STIB si l'on voulait convaincre les automobilistes d'utiliser les transports en commun. C'était d'ailleurs l'un de vos arguments en faveur de la nouvelle livrée grise. Vous nous aviez même expliqué que des designers s'étaient penchés sur ce type de questions.
Ne pensez-vous pas qu'instrumentaliser les voyageurs de la STIB et les traiter comme des figurants de pub à bon marché va empêcher de revaloriser l'usage du transport en commun ?
M. le président.- La parole est à M. Smet.
M. Pascal Smet, ministre.- Seule une proportion de 10% du parc de véhicules de la STIB est susceptible d'être habillé de messages publicitaires intégraux. Jusqu'à présent, ce pourcentage n'a jamais été atteint.
La perception de la publicité est une question éminemment subjective. L'un trouvera une publicité choquante, tandis que l'autre appréciera le clin d'oeil. Le même raisonnement vaut pour les vedettes sportives ou autres qui acceptent de faire de la publicité pour des banques. Je comprends et respecte votre point de vue sur la question.
Personnellement, je trouve cela plutôt drôle. L'appréciation de ce type de publicité est fonction de la sensibilité de chacun. Je crains que nous ne soyons pas d'accord sur ce point. Ces messages publicitaires ne sont en tout cas pas contraires au règlement interne et aux normes éthiques de la STIB.
Je n'aime pas beaucoup intervenir dans le domaine de la publicité. Je considère qu'il faut laisser une certaine liberté aux annonceurs, tant que les messages sont respectueux. Je respecte également votre point de vue, qui est tout à fait raisonnable. C'est une question de choix personnel.
Mme Céline Delforge.- Bien que l'humour soit une approche appréciable, l'utiliser de la sorte dans une propagande commerciale me paraît déplacé. Vous déclarez respecter mon point de vue, néanmoins l'usager de la STIB ne dispose pas de la liberté de choix, car il est désigné d'office comme figurant d'une publicité commerciale. Vous déclarez apprécier cette publicité, ce qui n'est pas mon cas.
Lorsque vous souhaitez louer une voiture, par exemple, vous avez le choix entre le modèle banalisé et le modèle comportant les publicités de la société de location, qui, de ce fait, sera beaucoup moins cher. La plupart des gens ont tendance à choisir une voiture dépourvue de toute publicité, même si son prix de location est plus élevé.
M. Pascal Smet, ministre.- Lors de l'utilisation des transports en commun, on paie également moins cher.
Mme Céline Delforge.- Ceci constitue 0,3% du budget, M. le ministre.
M. Pascal Smet, ministre.- Mais cela représente 2% des recettes.
Mme Céline Delforge.- La publicité dans ce cas-ci dévalorise le moyen de transport, vu que la plupart des gens privilégient le modèle dépourvu de publicité. J'ajoute que cette initiative compromet l'image de marque de la STIB et attente à la dignité des usagers des transports en commun.
M. le président.- Chacun a pu exprimer son point de vue avec toutes les nuances voulues et défendre une approche propre à un aspect de la problématique. Il s'agit de choix de valeurs, ou lié à la conception que l'on a de l'humour, ce qui renvoie à une appréciation très personnelle du bon goût.
Ces conceptions prévalant dans notre société sont sujettes à des interprétations multiples. Bien que les points de vue exprimés ici soient tous respectables, nous n'arriverons cependant pas à les réconcilier.